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Brittophilie et brittophobie : une logique linguistique
Selon les définitions les plus courantes, la francophilie désigne, chez une personne étrangère à la France, son intérêt ou son attachement pour la culture, l’Histoire, la langue et, plus largement, la civilisation française; si tant est que cette dernière existe. Les personnes concernées sont qualifiées de francophiles. Son contraire est naturellement la francophobie.
Pour une Française ou un Français, être francophile c’est être à minima chauvin, et au plus nationaliste.
Le même raisonnement existe pour de nombreux autres peuples et nations dans le monde.
La langue française connaît ainsi les termes anglophilie, germanophilie, hispanophilie ou encore russophilie, auxquels répondent leurs opposés : anglophobie, germanophobie, hispanophobie et russophobie. La logique est simple : la philie exprime l’attachement ; la phobie traduit le rejet.
Pourtant, lorsqu’il s’agit de la Bretagne, cette symétrie semble disparaître.
Pendant longtemps, le mot brittophobie était pratiquement introuvable dans les dictionnaires, alors même que le phénomène qu’il désigne est régulièrement évoqué par de nombreux Bretons.
Faut-il en conclure que ce rejet n’existe pas ? Évidemment non.
L’absence d’un mot ne prouve jamais l’absence d’une réalité.
C’est précisément pour cette raison que NHU Bretagne choisit d’utiliser les termes brittophilie et brittophobie.
Ils ne sont pas construits au hasard. Ils prolongent simplement une logique linguistique déjà largement admise dans la langue française.

La brittophilie désigne ainsi l’intérêt, l’admiration ou l’attachement pour la Bretagne, son Histoire, ses langues, sa culture ou son patrimoine. À l’inverse, la brittophobie désigne le rejet, le mépris ou l’hostilité dirigés contre les Bretons ou contre ce qui constitue leur identité.
Depuis quelques années, ce mot commence d’ailleurs à apparaître dans plusieurs dictionnaires collaboratifs et sur différents sites de référence. Son apparition confirme qu’un concept finit toujours par trouver sa place lorsqu’il répond à un véritable besoin de désignation.
Ces temps-ci, pour certains, être francophile ce serait aimer son pays, alors qu’être brittophile serait apparenté à du communautarisme. Il faudra que nous en reparlions bientôt.
Pourquoi créer un nouveau mot ?
Chaque époque crée les mots dont elle a besoin. Le vocabulaire évolue au rythme de la société. De nombreux termes aujourd’hui considérés comme parfaitement ordinaires étaient inconnus il y a seulement quelques décennies.
Nommer un phénomène ne consiste pas à l’inventer.
Cela permet de le décrire, de l’analyser et d’en débattre. Sans mot, il devient difficile d’identifier une réalité ou de la distinguer d’autres situations.
Le terme brittophobie n’a donc pas vocation à alimenter une concurrence entre les discriminations. Surtout pas.
Il répond à une question beaucoup plus simple : comment désigner le rejet des Bretons ou de leur identité lorsqu’il existe ?
Bretonnes et Bretons : qui peut être brittophobe ?
Une autre question apparaît presque immédiatement : la brittophobie ne concernerait-elle que les personnes qui ne sont pas bretonnes ?
La réponse est clairement non.
L’Histoire montre qu’un individu peut parfaitement reprendre les préjugés dirigés contre son propre peuple.
Une Bretonne ou un Breton peut considérer que la langue bretonne ne sert à rien, que l’Histoire de Bretagne n’a aucun intérêt, que les symboles bretons sont ridicules ou que toute revendication culturelle ounpolitique relève nécessairement du folklore ou de l’extrémisme.
Il en est de même en France ou ailleurs dans le monde.
L’origine géographique ne protège pas davantage contre les préjugés que la nationalité, la langue ou la religion. Les stéréotypes peuvent être transmis, reproduits et parfois même intériorisés par ceux-là mêmes qu’ils visent.
Cette réalité explique pourquoi la brittophobie ne peut être réduite à une opposition entre Bretons et non-Bretons.
Elle renvoie avant tout à une manière de considérer l’identité bretonne : soit comme une richesse culturelle légitime, soit comme une particularité qu’il conviendrait de tourner en dérision, de minimiser ou d’effacer.
Les mots en « phobie » sont-ils les seuls à exister ?
Il est d’ailleurs frappant de constater que les mots construits autour de la notion de phobie sont beaucoup plus connus que leurs équivalents en philie. Nous entendons régulièrement parler de xénophobie, d’homophobie ou d’islamophobie, alors que les termes correspondants en « philie » restent beaucoup plus discrets dans le langage courant.
Cette différence n’est pas anodine. Les sociétés nomment plus facilement ce qu’elles condamnent que ce qu’elles apprécient.
À NHU Bretagne, nous faisons le choix d’utiliser les deux mots.
Parce que l’on peut être brittophile, c’est-à-dire aimer la Bretagne, son patrimoine, ses langues ou son Histoire, ou sa civilisation sans pour autant dénigrer les autres cultures.
Et parce qu’il est tout aussi légitime de pouvoir désigner, lorsqu’il existe, le phénomène inverse : la brittophobie.
La brittophobie : une forme de xénophobie
Oui, la brittophobie constitue une forme de xénophobie.
Cette affirmation surprendra sans doute certains lecteurs. Pourtant, elle repose sur une idée simple.
Nous employons ici le mot xénophobie dans son sens premier : le rejet de l’autre, de celui qui est perçu comme différent en raison de son identité, de sa culture, de sa langue ou de son appartenance à une autre communauté humaine, à une autre nation, un autre peuple.
Dans cette logique, il n’est pas nécessaire qu’une frontière internationale existe.
Un Breton peut être considéré comme « l’autre » par une personne qui rejette ce qu’il représente culturellement. De la même manière, un Breton peut lui-même considérer sa propre identité comme secondaire ou indésirable et reprendre à son compte les préjugés qui la visent.
La brittophobie désigne donc l’hostilité dirigée contre une personne ou un groupe en raison de son identité bretonne. Elle peut viser les Bretons eux-mêmes, leur langue, leur histoire, leurs symboles ou toute expression de leur identité culturelle.
Une hostilité qui prend plusieurs visages
La brittophobie ne se manifeste pas uniquement par des insultes.
Elle peut prendre des formes beaucoup plus discrètes.
Une plaisanterie répétée. Un sourire condescendant lorsqu’une personne parle breton.
Une caricature qui réduit systématiquement les Bretons à quelques clichés : Bécassine en est le meilleur exemple.
Pour certains, une suspicion permanente envers toute personne affichant un Gwenn ha Du. Ou encore l’idée selon laquelle défendre la culture bretonne serait nécessairement suspect, voire communautariste, ou sectaire comme le disait Jean Luc Mélenchon à propos de Diwan.
Cela aussi, c’est de la brittophobie.
Pris isolément, chacun de ces comportements peut sembler anodin. Répétés pendant des décennies, ils finissent pourtant par façonner une représentation collective.
C’est précisément ainsi que fonctionnent les stéréotypes : ils deviennent si habituels qu’ils cessent d’être perçus comme des préjugés.
Une discrimination souvent banalisée
La brittophobie constitue également une forme de discrimination.
Discriminer, c’est traiter différemment une personne en raison de son origine, de son identité ou de son appartenance à un groupe humain. Cette discrimination n’est pas toujours spectaculaire. Elle peut être diffuse, culturelle ou symbolique. Elle peut également être parfaitement banalisée.
Pendant longtemps, les Bretons ont ainsi été associés à une série de clichés qui ont profondément marqué l’imaginaire collectif.
Le Breton était présenté comme pauvre, peu instruit, excessivement religieux, porté sur l’alcool ou condamné à vivre dans une Bretagne figée entre traditions et folklore. Ces images ont circulé dans des livres, des spectacles, des émissions de télévision ou des conversations du quotidien. Elles ont parfois été présentées comme de simples plaisanteries.
Pourtant, un cliché répété pendant plusieurs générations finit toujours par produire des effets. Il influence le regard porté sur un peuple. Il banalise certaines formes de mépris. Enfin, il donne l’impression que ces représentations sont normales puisqu’elles sont anciennes.
Les clichés et caricatures ne sont jamais neutres
Imaginons un instant que les mêmes caricatures soient appliquées quotidiennement à une autre communauté culturelle.
Seraient-elles encore considérées comme de simples plaisanteries ?
La question mérite d’être posée.
Il ne s’agit pas d’établir une hiérarchie entre les discriminations ni de comparer des souffrances qui relèvent d’histoires différentes. En revanche, il paraît légitime d’appliquer les mêmes principes à tous les peuples.
Un stéréotype reste un stéréotype, quelle que soit la population qu’il vise.
Reconnaître cette évidence ne retire rien aux combats menés contre d’autres formes de discrimination. Au contraire, cela rappelle qu’aucune identité ne devrait être réduite à une succession de caricatures.
Quand la langue bretonne devenait un problème
La langue constitue probablement l’exemple le plus parlant.
Pendant une grande partie du XXᵉ siècle, des milliers d’enfants bretons ont appris qu’il valait mieux oublier leur langue maternelle. Dans de nombreuses écoles, parler breton pouvait entraîner une punition ou une humiliation. Le « symbole », transmis d’un élève à l’autre afin d’identifier celui qui avait parlé breton, demeure l’une des illustrations les plus connues de cette politique. Le puni de la veille se « libérait » de son « symbole » en dénonçant à l’instituteur francophone (et du coup brittophobe) son copain qu’il venait de surprendre à parler sa langue, celle de son pays, celle de ses ancètres.
Au-delà de la sanction, le message était limpide : pour réussir dans la vie, il fallait abandonner sa langue.
Des générations de parents, convaincus d’agir pour le bien de leurs enfants, ont alors cessé de transmettre le breton au sein de leur propre famille.
Une langue qui retrouve aujourd’hui sa place
Cette politique a profondément marqué la Bretagne.
Aujourd’hui encore, malgré le remarquable travail des écoles immersives, des filières bilingues, des associations et de milliers de bénévoles, la transmission familiale demeure fragile.
Pourtant, le regard évolue progressivement. De plus en plus de Bretonnes et de Bretons, surtout jeunes, souhaitent réapprendre la langue de leurs parents ou de leurs grands-parents. Cette démarche ne traduit pas un repli identitaire. Elle exprime au contraire le désir de renouer avec une part essentielle de leur héritage culturel.
Car une langue n’est jamais un simple moyen de communication. Elle porte une manière de voir le monde, une mémoire collective et une histoire plusieurs fois centenaire.
Lorsqu’une société laisse disparaître l’une de ses langues historiques, elle perd toujours davantage que des mots.
L’Histoire de Bretagne mérite t-elle moins de respect ?
La langue n’est pas le seul élément concerné. L’histoire de Bretagne elle-même occupe une place étonnamment réduite, voire totalement inexistante, dans les connaissances du grand public.
Pourtant, la Bretagne ne se résume ni à quelques cartes postales ni à quelques clichés touristiques.
Pendant plus d’un millénaire, elle a connu ses propres institutions, ses souverains, son droit, sa diplomatie et une évolution politique originale qui lui a permis de jouer un rôle important dans l’histoire de l’Europe occidentale.
Cette grande Histoire de Bretagne est abondamment documentée par les historiens.
Pourtant, elle demeure largement méconnue. Beaucoup de Bretons et de Français ignorent encore que la Bretagne fut un État souverain pendant plusieurs siècles. D’autres confondent systématiquement la Bretagne historique avec la seule région administrative actuelle, sans connaître les raisons de cette distinction. Il faut dire que le pouvoir central et ses serviles relais (administrations, médias subventionnés) sont les plus zélés ambassadeurs de cette tromperie, de celle volonté de désinformation.
Cette méconnaissance entretenue n’est pas, en elle-même, une preuve de brittophobie.
En revanche, elle facilite la diffusion des préjugés. Lorsqu’un peuple ne connaît plus sa propre Histoire, ou lorsque cette histoire devient invisible, il devient beaucoup plus facile de réduire son identité à quelques symboles folkloriques.

Une mémoire parfois réduite à quelques épisodes
Cette simplification apparaît également dans la manière dont l’Histoire de Bretagne est parfois présentée.
Certaines périodes occupent une place considérable dans les débats publics, tandis que plusieurs siècles d’histoire institutionnelle, économique, maritime ou culturelle restent largement ignorés.
Ainsi, les mégalithes, les Ducs de Bretagne, les ports bretons, les grands explorateurs comme Jacques Cartier ou de Saint Alouarn, les écrivains, les scientifiques ou encore les innovations agricoles et maritimes sont rarement évoqués lorsqu’il est question de l’identité bretonne.À l’inverse, quelques épisodes beaucoup plus polémiques reviennent régulièrement dans les discussions, au point de donner parfois une image déséquilibrée de l’Histoire de Bretagne.
Là encore, la question mérite d’être posée : une mémoire collective peut-elle être comprise lorsqu’elle est résumée à quelques fragments seulement ?
Le « roman national » officiel face à l’Histoire
Les mots ne servent pas uniquement à décrire les faits. Ils contribuent aussi à construire la mémoire collective.
En Bretagne, l’exemple le plus emblématique est sans doute l’expression « traité d’Union » de 1532.
Depuis des générations, cette formule laisse entendre que la Bretagne aurait librement choisi de s’unir au royaume de France dans un accord équilibré entre deux États.
Pour de nombreux historiens bretons et internationaux, cette présentation mérite pourtant d’être sérieusement remise en question.
Les décennies qui précèdent 1532 sont marquées par plusieurs campagnes militaires françaises, des sièges, des occupations, des pressions politiques et diplomatiques, ainsi que par une perte progressive de la souveraineté bretonne. Dans ce contexte, présenter les événements comme une simple union volontaire revient à effacer une partie essentielle de leur déroulement.
Il n’y a jamais existé d’union entre les deux pays. Le plus petit ne s’est jamais prosterné devant le plus grand pour supplier cette prétendue « union ». Il y a eu plus simplement une invasion et une annexion totale par la force. Un peu comme ce qui se passe aujourd’hui entre la Russie et l’Ukraine ?
Que celle ou celui qui trouve une copie de ce fantasmé « traité d’union » entre les deux pays nous le montre !
Cette différence de vocabulaire nourrit encore aujourd’hui de nombreux débats historiques. Pour beaucoup de Bretons, elle illustre une réalité plus large : lorsqu’un peuple ne maîtrise plus le récit de sa propre histoire, d’autres finissent par l’écrire à sa place.

Les revendications bretonnes sous le regard du soupçon
Cette méconnaissance historique éclaire aussi les réactions suscitées par certaines revendications bretonnes contemporaines.
Demander davantage d’enseignement de l’Histoire de Bretagne, défendre les langues bretonne et gallèse, soutenir la réunification administrative du pays ou souhaiter davantage de responsabilités pour les institutions bretonnes entraîne régulièrement des réactions de méfiance.
Ces demandes sont parfois présentées comme des signes de séparatisme ou de communautarisme comme aime le souligner un certain Benjamin Morel, brittophobe notoire, voire comme une remise en cause de la sacré sainte unité nationale (la fameuse auto-proclamée « une et indivisible« )
Pourtant, ailleurs en Europe, des peuples et nations disposent depuis longtemps de compétences importantes sans que l’existence même de leur État soit remise en question. La simple idée d’une dévolution de pouvoirs et des responsabilités du pouvoir central vers la Bretagne, ou d’une autonomie renforcée n’a donc rien d’exceptionnel à l’échelle européenne.
C’est même le contraire qui est l’exception au XXIe siècle : l’Hexagone et la Turquie du grand démocrate Erdogan sont les seuls cas.
L’amalgame permanent
Une autre particularité mérite d’être relevée.
Les mouvements bretons doivent encore répondre, plusieurs décennies après la Seconde Guerre mondiale, à des amalgames et accusations immondes qui ne sont que rarement appliqués à d’autres mouvements culturels régionaux.
Une poignée de militants nationalistes ayant choisi la collaboration est régulièrement utilisée pour discréditer toute expression contemporaine de l’identité bretonne.
Venant d’un pays qui fut largement collabo, jusqu’au plus haut niveau de l’État … LOL !
Ce raccourci historique ne résiste pourtant pas à l’analyse. Comme partout dans l’Hexagone, la Bretagne a connu des résistants, des collaborateurs et une immense majorité de civils confrontés aux réalités tragiques de la guerre.
Réduire plusieurs siècles d’histoire bretonne à quelques années d’Occupation revient à enfermer tout un peuple dans une lecture partielle de son passé.
Cela aussi, c’est de la brittophobie.
Peut-on défendre son identité sans être suspect ?
Cette question dépasse largement le cas breton.
Dans une Démocratie, chacun devrait pouvoir défendre sa langue, son patrimoine, son Histoire ou ses traditions sans être immédiatement soupçonné d’arrière-pensées politiques.
Il est parfaitement légitime d’être favorable ou opposé à la réunification de la Bretagne, à la dévolution ou aux politiques linguistiques. Le débat démocratique repose précisément sur la confrontation des idées.
En revanche, il devient plus difficile d’accepter que certaines revendications soient disqualifiées non pas en raison de leurs arguments, mais parce qu’elles sont portées par des personnes revendiquant simplement leur identité bretonne.
C’est précisément dans cette confusion entre le débat d’idées et le rejet d’une identité que la notion de brittophobie prend tout son sens.
Elle invite à distinguer une opposition politique parfaitement légitime d’une hostilité dirigée contre un peuple, sa culture ou ses symboles.

La brittophobie est-elle un délit ?
Employer le mot brittophobie ne signifie pas que toute critique de la Bretagne ou des revendications bretonnes serait condamnable. Une Démocratie repose précisément sur la liberté de débattre, de contester et de confronter les idées.
Il est parfaitement légitime d’être favorable ou opposé à la réunification de la Bretagne, à la dévolution, à l’enseignement du breton ou aux politiques culturelles. Ces sujets appartiennent au débat démocratique.
En revanche, la situation change lorsque l’on ne critique plus des idées, mais des personnes en raison de leur identité.
Débattre n’est pas discriminer
Le droit français distingue clairement la discussion politique de l’injure ou de la discrimination.
Qualifier une personne de « sale Breton », l’insulter parce qu’elle parle breton ou appeler à discriminer des Bretons en raison de leur origine ne relève plus du débat d’idées.
Comme pour toute autre population, ces comportements peuvent entrer dans le champ des dispositions réprimant les injures, la diffamation ou la provocation à la haine lorsqu’elles visent une personne ou un groupe en raison de son origine ou de son appartenance.
Autrement dit, ce n’est pas le mot brittophobie qui crée une protection juridique. Celle-ci existe déjà lorsque les conditions prévues par la loi sont réunies.

Pourquoi le mot dérange t-il autant ?
Si le terme brittophobie suscite autant de réactions, c’est peut-être parce qu’il oblige à regarder une réalité sous un angle inhabituel.
Depuis longtemps, les Bretons font l’objet de plaisanteries, de clichés ou de raccourcis historiques souvent considérés comme anodins. Beaucoup n’y voient qu’une forme « d’humour régional ». D’autres estiment au contraire que ces représentations contribuent à banaliser une forme de mépris culturel.
Le simple fait de donner un nom à ce phénomène change alors la perspective.
Nommer une réalité ne signifie pas qu’elle est nouvelle. Cela signifie simplement que l’on choisit désormais de la regarder en face.
C’est précisément ce qui dérange.
Un mot oblige à définir, à argumenter, à accepter le débat. Il devient alors plus difficile de répondre par un simple haussement d’épaules ou par une plaisanterie.
Nommer n’est pas exagérer
Certains considéreront que le terme brittophobie est excessif.
D’autres préféreront parler de « préjugés » anti-bretons, de discrimination culturelle ou de mépris envers l’identité bretonne. Après tout, se moquer ou insulter un Africain pour la couleur de sa peau, un musulman ou un juif pour sa religion; est-ce par « préjugé », ou est-ce du racisme ?
Le débat est parfaitement légitime.
À NHU Bretagne, nous faisons un autre choix.
Nous pensons qu’un phénomène qui existe mérite d’être nommé.
Le mot brittophobie n’a pas vocation à hiérarchiser les discriminations ni à minimiser celles dont souffrent d’autres populations. Il désigne simplement une forme particulière de rejet visant les Bretons, leur culture, leurs langues ou leurs symboles.
Être brittophile
À l’inverse, on peut parfaitement être brittophile.
Être brittophile ne signifie pas considérer la Bretagne comme supérieure aux autres peuples. Cela ne consiste pas davantage à rejeter la France, l’Europe ou toute autre culture.
Être brittophile, c’est reconnaître que la Bretagne possède une Histoire, des langues, un patrimoine et une identité qui méritent d’être connus, transmis et respectés. Et des les aimer.
C’est également refuser que cette identité soit réduite à quelques clichés, à des amalgames historiques ou à un folklore sans profondeur.

Une invitation à réfléchir
Au fond, cet article ne demande pas au lecteur d’adopter un mot : il lui propose de se poser quelques questions.
Pourquoi certains préjugés sur les Bretons continuent-ils d’être largement tolérés ?
Et pourquoi la disparition progressive d’une langue millénaire a t-elle longtemps été considérée comme normale et pourquoi le pouvoir central a voulu, et le veut encore de nos jours, l’éradiquer?
Pourquoi l’Histoire de Bretagne demeure t-elle si peu connue alors qu’elle s’étend sur plus de quinze siècles ?
Et pourquoi le simple fait de donner un nom à ces réalités provoque t-il parfois davantage de réactions que les réalités elles-mêmes ?
À NHU Bretagne, nous assumons pleinement le choix du mot brittophobie.
Non pas pour alimenter une polémique.
Mais parce que nous pensons qu’une société progresse lorsqu’elle accepte d’examiner tous les préjugés, y compris ceux qui, par habitude, sont devenus presque invisibles.
Car le respect d’un peuple commence toujours par le respect de son identité.
Pennskeudenn krouet gant / Illustration principale générée par ChatGPT5.3 pour et par NHU Bretagne

15 commentaires
La brittophobie est un délit ? Pas en fRance en tout cas, où la justice fRançaise ne reconnait pas le Peuple Breton… Les Bretons ça n’existent pas! ( Rendu de délibéré dans l’affaire de « l’humoriste ‘ Berroyer et sa chanson anti bretonne de 2006… )
M’enfin, tout le monde aime la Bretagne…. Qui n’a pas un cousin, une grand mère bretonne, un souvenir heureux, romantique, esthétique, gastronomique, lié à la Bretagne?
Franchement vaut mieux faire envie que pitié, être jalousé qu’ignoré. Ce qui serait le pire ce serait de faire croire que les bretons n’ont pas d’humour, ou de détachement!
Ce terme de brittophobie me fait horreur car il ne correspond en rien au sentiment que les français, les européens éprouvent pour la Bretagne, conscient ou à venir, par contre l’utiliser est le meilleur moyen de la susciter!
Le racisme anti-breton n’existe pas, ne le suscitons pas en défendant « notre race »!
Et pour la chanson de Berroyer, quand même… la Bretagne n’est elle pas la patrie de l’humour, des canulars énormes, des Gras de Douarnenez…si on peut pas rire de soi même même bêtement çà fait peur et ce n’est certainement pas…. breton!
Et franchement je n’aime pas beaucoup les drapeaux, quels qu’ils soient, trop de morts pour les défendre, comme les frontières, et les murs pour les franchir.
Fier d’être breton, français, européen et citoyen du Monde, naviguant entre Nantes et Clisson au coeur du vignoble… breton!
Merci pour ce beau commentaire enflammé. Vous avez parfaitement raison : il existe trop de raisons d’aimer la Bretagne pour la détester. Nous avons en effet ce sens de la fête et de la rigolade qu’on nous envie souvent. Mais la xénophobie existe dans ce monde cruel, et il faut que nous soyons attentifs à ne pas laisser poindre des actes ou des paroles à l’encontre des Bretons comme on en voit trop fleurir à l’encontre d’autres minorités, qu’elles soient sociales, religieuses ou ethniques.
On peut effectivement s’efforcer à sourire même face aux insultes, ça s’appelle la thérapie du sourire. On peut ignorer les dérapages, parfois humoristiques, parfois très sérieux et même tolérer que l’on fasse porter à notre caractère trop entier la responsabilité des tirades « anti-bretonnes ». Mais soyons aussi lucides. Le mépris existe et se dissimule sous les traits d’une pseudo-acceptabilité. Quand Jean Dutour, membre de l’académie française, compare le CAPES de Breton à un CAPES de mendicité, faut-il y voir de l’humour ou l’expression d’un élitisme maladroit ?
Le problème essentiel est qu’il y a une histoire de caricatures infamantes qui s’étale sur plus de deux siècles. Qui a parlé de race bretonne ? Ceux qui disait qu’elle était inférieure au peuple français, ceux qui préconisaient de l’améliorer comme on améliore les races de chevaux, ceux qui disaient qu’elle avait à peine une place au-dessus de l’homme sauvage. Des citations, il y en a des dizaines, comme celle de Jean Cau qui, en 1962, faisait passer la Bretagne pour le réservoir à prostituées de Paris (et je le dis poliment). Avant de le lire, je n’avais jamais compris cette histoire que ma mère m’avait raconté à propos de ses cousins, partis bosser à Paris, et qui lui avaient dit de ne surtout jamais dire qu’elle était bretonne quand elle les y aurait rejoint.
Les Bretons ont été dépeints comme des monarchistes fanatiques, des superstitieux, des indigents, des arriérés, des consanguins, des alcooliques, sans oublier des collabos, des ploucs et autre joyeusetés. Au lycée, dans les années 90 en Ile-de-France, une prof de Français a balancé à un ami (originaire de Guiscriff) « de toute façon, les Bretons sont tous des péquenauds. »
Alors moi je veux bien sourire et ne pas utiliser de mots trop gros, mais il y a hélas persistance d’un sentiment hostile à toute chose bretonne. Les stéréotypes sous couvert d’humour, c’est l’excuse facile, mais on peut toujours faire semblant. Quand ces stéréotypes sont prononcés sur un ton sérieux, et popularisent l’idée qu’en Bretagne on est profondément plus cons, moins propres et ouverts que les grands Français, ça devient plus difficile. Onfray, Mélenchon, Macron et Ferrand ne sont que les exemples les plus récents. Alors, on n’est pas obligé de tenir un discours victimaire caricatural, mais il est toujours bon d’éduquer et de rappeler quelques vérités.
Je rappelerai quand même des faits élémentaires, à savoir que les révolutionnaires français de 1789 ont tout simplement décidé de faire disparaître la Bretagne, qui était alors « officiellement » une nation – et qui le reste, car une nation ne cesse d’exister que quand plus personne ne s’en réclame, et je m’en réclame, et ne suis peut-être pas le seul.
Donc la « France », l’Etat français, les élites françaises sont non seulement brittophobes, mais brittocides.
Il est difficile de faire reconnaître le génocide culturel mené en Bretagne par l’Etat français (avec la complicité des élus bretons), mais il est bien réel. Il est temps que le mouvement breton prenne son courage à deux mains et ose dire la réalité des choses.
Ras le bol de ces néologismes composés du suffixe « phobie », qui dérive de phobos (φόβος), « peur », « effroi » en grec ancien et qui sur le plan intellectuel ne veulent rien dire. (La peur n’est pas une idéologie. La peur n’est pas un délit). Concernant le « mépris » racialiste à l’égard des Bretons qui subsiste, je revendique le mot d’ « anticeltisme ». Au moins c’est clair, c’est net et tout le monde comprend.
Définition officielle Brittophobie
La brittophobie est une attitude d’hostilité de principe, systématique et de rejet à l’égard des Bretons.
Cette attitude d’hostilité peut aller jusqu’à la violence et le mépris envers les Bretons généralement ressentis comme inférieurs par les Français.
La brittophobie est une doctrine politique fondée sur le droit des Français de dominer les Bretons et sur le devoir de soumettre les Bretons aux intérêts des Français. Exemple : la politique brittophobe de la France en Bretagne en matière de langue, de culture et de respect de l’intégrité du territoire breton.
Bonsoir et merci de votre commentaire. Vous écrivez « Définition officielle ». « Officielle » : qui, quand, où … s’il vous plaît. Merci/Trugarez
Oh que si, le britophobie ou plus exactement le racisme anti-breton existe.
Si ce n’était pas le cas, pourquoi vouloir faire disparaître le mot Bretagne des cartes?
Pourquoi séparer la Bretagne en 2?
Pourquoi avoir voulu effacer la langue, la culture?
Pourquoi nous interdire nos propres programmes scolaire dans nos écoles?
Pourquoi, nous interdire notre propre démocratie?
Tous les gens qui ont travaillé en France ont ressentie ce racisme, parfois sous diverse manière, forme, tout n’est pas nécessairement exprimé dans un extrême violent.
C’est parfois plus subtil, comme la phrase : Tu ne vies plus en Bretagne, donc tu n’es plus Breton…! Comme si un Français qui ne vie plus en France n’est plus Français lui…!
Le problème, c’est que le Breton se ment à lui même, donc il n’évoque jamais ce phénomène (car officiellement un Breton n’existe pas… tiens, encore un acte de racisme).
D’ailleurs, croire que tout le monde nous aime est absurde et démontre bien ce phénomène de mensonge.
Et d’ailleurs, qu’est-ce que les gens aiment chez nous? Notre manière de boire, nos plages, ou bien nos jeux vidéos (personne ne sait qu’Ubisoft est breton), nos réalisations industrielles (personne ne sait qu’en Bretagne il existe une industrie aéronautique). A si, nos costumes traditionnels… tout le monde est persuadé que les Bigoudènes vivent partout en Bretagne…
Quand on aime les gens, on les respects, on les connait, on les aime pour eux-même et non pour les stéréotypes… et surtout, on n’essaye pas de changer leur identité pour une autre…
Le problème, c’est que souvent les plus racistes anti-breton sont les Bretons eux-même… un peuple qui est nié officiellement à tendance à trouver par lui même des explications pour expliquer et justifier cette négation.
Mais s’il est vrai qu’il y a des étrangers et des Bretons qui n’aiment pas les Bretons, il y aussi des étrangers et des Bretons qui aiment les Bretons…
@ Gratitude…. A bon, les Bretons sont Français???? Mais alors, c’est quoi un Français?
Et si nous sommes Français, pourquoi y a t-il des Bretons?
Charlemagne était donc un Breton… à non, c’est l’inverse les Bretons était des Francs venu d’Aix la Chapelle enfin de Germanie…
Peut-être devrions nous demander à nos cousins d’outre Manche (d’outre Mer de Bretagne) de renommer leur pays la « Grande-France »… Ben oui, déjà que leur drapeau est bleu-blanc-rouge comme le drapeau breton… à non, là je confonds encore…
Ça y est je me souviens, c’est Nantes qui est la capitale de la France… à moins que ce soit Paris qui soit la capitale de la Bretagne…
Du coup, je ne sais plus… Vous m’avez mis le doute…
Votre adresse kormoran@live.fr semble incorrecte. S’il vous plaît, pouvez-vous nous en donner une autre à contact@nhu.bzh ? Merci/Trugarez
Le terme « anticeltisme » est trop vague, puisqu’il ne désigne pas spécifiquement la Bretagne et les Bretons, ceci pour répondre à un des intervenants. Il peut aussi bien s’appliquer à l’Irlande, au Pays de Galles, à l’Écosse, etc.
Pour le reste, étant né en 1940, et mes parents ayant été obligés un peu plus tard de venir travailler à Paris, j’ai été scolarisé d’abord à Aubervilliers, puis au Bourget, et enfin de nouveau à Aubervilliers – tout ceci de 1946 à 1954 – et je me souviens parfaitement de l’antagonisme envers les Bretons qui régnait à cette époque, y compris entre écoliers. Je ne me laissais pas faire, mais c’était fatiguant, et blessant, à la longue…
Et la Bretagne était « un pays de ploucs », tout juste bon à abriter les colonies de vacances du 93, à Plouër-sur-Rance par exemple.
Je pense que la Bretagne s’est magnifiquement relevée depuis, mais qu’il faut continuer à se battre, le plus urgent étant d’exiger le retour de la Loire-Atlantique au sein de notre Nation.
Pour le reste, on verra plus tard. Enfin, vous verrez plus tard, car j’aurai probablement rejoint mes ancêtres d’ici-là !
Il faut quand même distinguer deux choses : l’opposition politique à ce qu’il existe une Bretagne indépendante, voire même de « la couper en deux », et à la survie de la langue bretonne, qui est effectivement très ancrée, et l’hostilité ou le mépris pour les hommes et les femmes issues de Bretagne, qui seuls peut à mon avis être qualifiés de « brittophobie ». Et sur ce point, quelle est la situation ? Ce mépris et cette hostilité ont bien existé, mais je considère qu’ils ont quasiment disparu, dans les années 70, pour faire place à de l’admiration et de la sympathie. L’identité bretonne, les fest-noz, sont maintenant vus très positivement par les gens… Quand j’étais gosse dans les années 60, mes parents étant venus s’installer en Beauce, nous avions une voisine tenancière de café, par ailleurs royaliste, qui disait qu’elle détestait les Bretons « sauf ma famille ». Pour elle, les Bretons, c’était des journaliers qui venaient deux fois par an travailler dans les fermes, et passaient leurs soirée au café à boire, parler et chanter fort en breton. Mais déjà, nous n’avions ressenti rien de tel chez les autres habitants de la commune.
´´ C’est précisément ainsi que fonctionnent les stéréotypes : ils deviennent si habituels qu’ils cessent d’être perçus comme des préjugés.´´
Rappelons ainsi qu’un STÉRÉOTYPE est une conception schématique établie à propos des individus d’un autre groupe. Il est ainsi plutôt neutre. Ex. Les Anglais sont flegmatiques.
Par contre, le PRÉJUGÉ est un stéréotype ORIENTÉ favorablement ou défavorablement.
Ex. 1 Les Bretons sont courageux au travail. Ex.2 Les Bretons sont des ivrognes.
´´ Une Bretonne ou un Breton peut considérer que la langue bretonne ne sert à rien, que l’Histoire de Bretagne n’a aucun intérêt, que les symboles bretons sont ridicules ou que toute revendication culturelle ou politique relève nécessairement du folklore ou de l’extrémisme.´´:
Non, il ne suffit donc pas d’ être Breton (´´Breizhad’´ pluriel ´´Breizhiz’´, & ´ Breton’´ pl. ´´Bretoned’´) pour être brittophile. Les ethnopsychiatres ont développé le concept d’ IDENTITÉ NÉGATIVE, pour désigner celles des individus qui ont intégré les normes (règles sociales) et les valeurs (comportements idéaux) du groupe dominant. Ils sont alors devenus les censeurs de leur groupe d’origine, au profit de la culture dominante. Il en est ainsi dans les cas d’acculturation (« rencontre » de deux cultures).
@ gratitude apprécier Jacky Berroyer pour des paroles et une chanson anti bretonne il faut oser tellement c’est raciste et brittophobe au possible ; je rappelle que de supporters du PSG qui avaient insultés les gens du Nord ont été condamnés par les tribunaux mais on peut continuer à insulter les Breton(ne)s sans vergogne car nous n’avons aucune existence légale en France .
C’est la réalité en 2026 .
C’est vrai le peuple breton n’existe pas selon la loi française , pas plus que sa langue pas plus que son territoire historique selon le point de vue français et de son pouvoir central qui ne s’est jamais comporté que comme un régime colonisateur depuis la révolution et qui pratique un ethnocide culturel depuis lors .
Nous sommes donc soumis , rejetés , déniés ….
Je me me sens plus que comme Breton , » le vivre ensemble » pas çà ce prix !
La Bretagne en 2026 est toujours une colonie .
Pour avoir vécu en dehors de la Bretagne, selon la région, j’ai parfois été confronté à des discours sur les Bretons au sein desquels la Bretagne était immanquablement ramenée à l’image de la pluie, de l’alcool qui y coulerait à profusion ou de suicides. Si cela pouvait être présenté sous forme de boutades, la plaisanterie au bout de la centaine ou millième fois peinait à me faire sourire. Souvent j’ai pu alors essayer de démontrer à l’interlocuteur la bêtise de ces dires en lui lançant : « si tu remplaçais le mot breton de ta phrase par par exemple le mot arabe, ce que tu dis serait considéré comme raciste ». A cette occasion, le parfum du racisme anti-breton qui pouvait exister en France au XIX ème siècle me revenait un peu à l’esprit. De celui-ci s’ensuivit alors l’image de Bécassine et la honte dont tant de générations de bretons éprouvèrent le poison jusqu’aux années 1970.
En Bretagne nous avons de l’humour et mon propos n’est absolument pas de dire que nous devons perdre cela. Je voudrais juste m’interroger avec vous sur le fait qu’accepter un peu trop ces commentaires pourrait aussi parfois, participer à un dénigrement de nous-mêmes. En fait la vraie question est la suivante: Rit-on avec nous ou rit-on de nous ? Ce n’est pas la même chose. Je veux bien rire de ce que je suis mais à condition que cela ne participe à au dénigrement de ce que nous sommes collectivement et donc de notre culture (avec ses spécificités linguistique, culinaire, historique, philosophique). Ce qui est étrange est qu’au moment même où la différence entre le Breton et les autres serait enfin signifier, ce saurait pour la salir. Et l’ignorance crasse de ceux qui ne sont pas bretons (mais parfois même lorsqu’ils le sont aussi) parlant ainsi de l’alcoolisme comme si cela tenait la nature des Bretons serait manifeste. Ils parlent mais ne savent pas que rien de tout cela n’existait pas jusqu’à l’arrivée du vin et que ce mal s’enracine dans la perte culturelle et identitaire des Bretons organisée par la France. Plusieurs recherches ethnopsychiatriques ou psychologiques purent le démontrer (voir livre de Philippe CARRER). Il ne faudrait pas non plus que toutes ces boutades viennent résonner dans le prolongement des discours du Moyen Age et d’Ernold le noir qui faisaient des Bretons des êtres arriérés, animaux incestueux et sales. A l’époque, l’arme de la boutade était donc déjà utilisée. Rions donc si on le veut de ce qui est dit de nous mais à condition que nous nous sentons aussi reconnus par ailleurs pour ce que nous sommes, sans quoi la boutade ne sert qu’à rabaisser l’individu, à l’enfermer dans la caricature. Attention donc à cet équilibre. Toutes les conditions sont-elles réunies ?