Sommaire
Halte au massacre administratif!
Halte au massacre administratif.
La France vient de vivre, avec l’affaire de Bordes sur Arize, un choc révélateur.
Une vache malade, un diagnostic contesté par plusieurs vétérinaires, puis une décision brutale : l’abattage d’un troupeau entier. Cette affaire n’est pas un accident de parcours. Elle révèle le fonctionnement d’un système administratif devenu mécanique, vertical et déconnecté de toute réalité agricole. Pourtant, la question essentielle n’a pas encore été posée publiquement : que se passerait-il si ce scénario survenait demain en Bretagne, l’un des pays parmi les plus importants d’Europe occidentale pour l’élevage bovin ?
Cette hypothèse n’a rien d’exagéré. Au contraire, elle oblige à analyser ce qui, dans l’architecture française, permet encore de déclencher un tel automatisme destructeur. Elle oblige aussi à comparer l’Hexagone avec les autres pays européens. Surtout, elle oblige à questionner le fossé croissant entre les éleveurs et l’État central.
Parce qu’en Bretagne, un troupeau n’est pas une ligne comptable. C’est une famille, un métier, une transmission, et souvent plusieurs générations de travail.
Bretagne : un pays d’élevage que Paris ne comprend toujours pas
La Bretagne, dans ses cinq départements, forme le principal ensemble laitier et bovin de l’Hexagone. Elle alimente les filières laitières et fait tourner des centaines d’entreprises de transformation bien au-delà de nos frontières. Elle fait vivre des milliers de familles, de coopératives et de commerces ruraux. Pourtant, le pouvoir central continue de traiter la filière bovine comme si elle n’était qu’un secteur parmi d’autres.
Pourtant, la Bretagne représente un tissu d’exploitations familiales rarement égalé en Europe. Les troupeaux ne sont pas interchangeables. Ils reposent sur des années de sélection, de soins et d’adaptation. Donc, quand un troupeau disparaît, c’est une économie locale entière qui vacille.
De plus, l’élevage breton porte un héritage séculaire. Il façonne les paysages, entretient les haies, nourrit les sols et structure les communautés rurales. La Bretagne n’est pas un bloc administratif. Elle est un pays d’agriculture vivante.
Bordes sur Arize : l’alerte qui annonce d’autres dérives
L’affaire est simple. Un cas de maladie est suspecté, apparaît. Les tests inquiètent les services administratifs. La machine centralisatrice hors-sol se met en route. Puis le couperet tombe : abattage total du troupeau.
Des vétérinaires s’interrogent. Des éleveurs s’indignent. Le public découvre, stupéfait, qu’un seul cas peut parfois suffire à déclencher une destruction massive. Pourtant, la règle pourrait être appliquée ailleurs. Elle pourrait même être appliquée régulièrement.
Ensuite, la mécanique administrative froide suit son cours. Les procédures se déroulent sans nuance. L’administration applique un principe de précaution absolu, souvent déconnecté des réalités de terrain. Le problème n’est plus scientifique. Il devient bureaucratique.
Et le message envoyé aux éleveurs est glaçant : vous n’êtes pas des professionnels à écouter, mais des risques à neutraliser.
Dans l’Hexagone, la prévention peut devenir un automatisme meurtrier. Cette dérive explique l’émotion immense soulevée dans le monde agricole.
L’Europe fait autrement : proportionnalité, écoute et autonomie locale
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, les autres pays européens ne réagissent pas du tout comme la France face à ces maladies. Ils adoptent des décisions proportionnées, graduées et souvent décidées au plus près du terrain.
En Irlande, l’un des pays les plus importants pour l’élevage bovin, l’abattage total n’est jamais automatique. Les services vétérinaires travaillent avec les éleveurs. Les troupeaux suspects sont isolés. On abat uniquement les animaux positifs. Les vétérinaires privés participent à la décision.
En Écosse, les décisions sanitaires sont prises par le Parlement écossais autonome. Les mesures restent proportionnées. On ne détruit pas un troupeau sauf en cas d’urgence avérée.
Au Pays de Galles, même en situation difficile comme la lutte contre la tuberculose bovine, les choix relèvent d’une autorité politique locale, plus proche du terrain et capable de nuances.
En Allemagne, chaque Land décide. Cette autonomie garantit des mesures adaptées aux réalités agricoles locales. La proportionnalité est systématique.
En Espagne et en Italie, les régions autonomes disposent de fortes marges de manœuvre. Elles évitent les abattages massifs lorsque la situation ne le justifie pas scientifiquement.
Aux Pays-Bas et au Danemark, on privilégie l’analyse génétique rapide des souches, la transparence et les protocoles gradués. L’abattage total est le dernier recours.
Ainsi, la France apparaît comme une exception européenne. Elle applique trop souvent un automatisme aveugle. Elle choisit la destruction au lieu du discernement.
Et cette exception serait dramatique si elle devait frapper la Bretagne.
Si une telle décision frappait la Bretagne : un séisme agricole et humain
Imaginons un instant un cas isolé dans une ferme du Finistère ou de Loire Atlantique. Imaginons que Paris décide, du haut de bureaux éloignés, d’abattre cent ou cent vingt vaches.
Les conséquences seraient immédiates. L’éleveur perdrait tout. Il perdrait sa production, son revenu, son troupeau, parfois la sélection génétique d’une vie entière. La famille plongerait dans l’incertitude.
Mais les dommages ne s’arrêteraient pas là. Une laiterie locale devrait compenser la perte. Une coopérative perdrait un fournisseur. L’économie d’un canton entier serait touchée. Les entreprises de transformation ressentiraient l’impact.
Ensuite, d’autres éleveurs s’inquiéteraient. La confiance dans les autorités s’effondrerait. Un climat de suspicion se diffuserait dans la filière.
En Bretagne, un abattage administratif ne serait jamais un acte technique. C’est un séisme social.
L’autre scandale : l’usage disproportionné des moyens de répression
La même affaire a révélé un aspect encore plus choquant : l’envoi de moyens policiers exorbitants. Un hélicoptère a survolé la ferme et arrosé les agriculteurs de gaz lacrymogènes. Des véhicules blindés ont été déployés pour terroriser un éleveur.
Cette scène dépasse la question agricole. Elle dit quelque chose de profond sur la relation entre l’État central et ceux qui nourrissent le pays.
La présence d’un hélicoptère n’est pas un détail. C’est une intimidation, un signal politique. C’est la démonstration d’un rapport de force indigne.
La présence d’un blindé est pire encore. Elle transforme une exploitation agricole en théâtre d’opérations et un éleveur en suspect potentiel. Elle transforme un désaccord en opération de maintien de l’ordre.
Ensuite, cette mise en scène crée un précédent.
Aujourd’hui en Ariège.
Demain où ?
Pourquoi pas en Bretagne ?
Quand on remplace les vétérinaires par des forces de l’ordre, ce n’est plus de la prévention. C’est une dérive autoritaire.
Le cœur du problème est la centralisation française
La France est le pays le plus centralisé d’Europe. Elle se prive ainsi d’un atout essentiel : la capacité d’adapter les décisions au terrain.
En Bretagne, aucune institution locale n’a le pouvoir de contester ou d’ajuster une mesure sanitaire imposée depuis Paris. Aucun Parlement breton ne peut moduler les normes, comme au Pays de Galles, en Écosse, en Bavière … Aucun service vétérinaire autonome ne peut proposer une alternative proportionnée.
La France, elle, continue de gouverner depuis une capitale trop éloignée, comme repliée sur elle-même. Elle applique des normes sans toujours mesurer leurs effets. Elle choisit la règle avant l’humain.
Et tant que la Bretagne restera sous ce modèle, elle restera vulnérable.
Pour protéger l’élevage breton, il faut changer de logique
La Bretagne doit proposer une autre voie. Une voie fondée sur la responsabilité et le discernement. Une voie fondée sur la connaissance du terrain et la participation des acteurs agricoles.
Cette nouvelle voie repose sur plusieurs principes simples.
D’abord, la proportionnalité : un cas isolé ne peut jamais justifier un abattage total.
Ensuite, la discussion : les vétérinaires privés et les éleveurs doivent participer à la décision.
De plus, l’autonomie : la Bretagne a besoin d’une autorité sanitaire capable de décider localement, comme en Écosse ou au Pays de Galles.
Enfin, le respect : un éleveur n’est pas un suspect à neutraliser. C’est un professionnel à écouter.
Protéger nos fermes, c’est protéger notre capacité à décider ici
L’affaire de Bordes sur Arize en France révèle une dérive grave. Elle montre comment une décision administrative peut pulvériser des années de travail. Elle montre comment l’État central peut déployer des moyens disproportionnés pour imposer une décision contestée.
Cette affaire doit servir d’avertissement. Elle doit pousser la Bretagne à réfléchir à son propre modèle. Elle doit rappeler que l’élevage n’est pas un secteur comme les autres. C’est un pilier de notre économie, de notre culture et de notre avenir.
La Bretagne mérite mieux qu’un automatisme administratif devenu hors-sol.
Elle mérite mieux qu’un hélicoptère au-dessus d’une ferme et qu’un blindé au coin d’un chemin rural.
Elle mérite la capacité de décider ici, selon le réel, selon le bon sens (paysan), selon l’expérience.
Parce qu’en Bretagne, l’élevage n’est pas une variable.
C’est une vie.
C’est un pays.
Et ce pays dit aujourd’hui : halte au massacre administratif.