✅ L’Emsav, ou le mouvement breton, de l’ancien monde

✅ L’Emsav, ou le mouvement breton, de l’ancien monde

L’Emsav de l’ancien monde a t-il vécu ?

Beaucoup « d’observateurs » parlent de la Bretagne pour dire qu’il n’y a pas de question politique bretonne.
Avec les élections régionales qui approchent, il va même en sortir de partout pour se mettre en rangs et reprendre la litanie habituelle.
Il n’y aurait pas de question bretonne car il n’y a pas de parti indépendantiste ou autonomiste qui obtient des scores électoraux importants. Les alliances d’un certain parti breton, avec le Parti Socialiste ou EELV, pour se garantir de bon scores ne semblent pas compter.

Pourtant, en plus de cent ans d’activités, le nationalisme breton a gagné sur de nombreux points.

La Bretagne avait officiellement disparu à la Révolution française et ne devait jamais revoir le jour. Elle est officiellement revenue, amputée certes, mais elle est revenue.
La France pensait qu’en détruisant les langues elle détruirait les peuples et les nations pour créer des Françaises et des Français ex-nihilo. Les langues de Bretagne, gallèse et bretonne, ont presque disparu. Pourtant en Haute comme en Basse Bretagne, on se reconnaît toujours autant comme Bretonnes et Bretons. Particulièrement dans les jeunes générations, et même si cela s’exprime et se pense en langue française.
La Bretagne n’avait pas de symboles nationaux modernes. Alors le nationalisme lui a donné un drapeau, un hymne. Le peuple breton s’est approprié massivement ces symboles. Si bien qu’on ne peut nier qu’il attendait un mouvement pour assumer et diffuser ce genre de créations.

Aucun parti français ne s’est jamais approprié l’idée d’autonomie pour la Bretagne…

Ou alors en la reléguant à de vagues promesses de décentralisations symboliques et sans effet. À force de revendications, de conscientisations, qui s’expriment en lame de fond par de nombreux sondages favorables, l’autonomie et la réunification approchent maintenant à grand pas.

Gouarnamant Breizh


« D’abord ils vous ignorent, puis ils se moquent de vous, puis ils vous combattent, ensuite vous gagnez » – Gandhi

Tout cela nous l’avons construit dans la solitude, sous les moqueries, les coups et les calomnies qui perdurent depuis un siècle de la part des mouvements français, toutes tendances confondues.
Malgré tout, nous avons donc avancé et l’élan des victoires sera probablement une énergie formidable pour la suite de l’Emsav. À partir de là, nous allons pouvoir parler avec plus d’échos sur ce qu’est la Bretagne et sur quel modèle de société nous voulons construire pour notre pays.

S’il est toujours de bon de rappeler nos succès …

Que tous taisent en permanence, il nous faut aussi parler de nos échecs, que nos adversaires ne manquent jamais de célébrer. Plusieurs conceptions héritières de l’histoire de l’Emsav ont à ce titre bien trop mal vieilli pour continuer à être célébrées comme elles le sont. Le CELIB en est un cas d’excellence. Si on ne peut douter que nombre de personnes qui ont agit autour du CELIB voulaient sincèrement sortir la Bretagne de sa misère, on peut ensuite critiquer tout le reste.
Ce groupe politique, qui se revendiquait au-dessus des partis et donc des idées, a conduit aux projets de centrale nucléaire à Plogoff, à l’aéroport de Notre Dames Des Landes, au remembrement, à la construction des monopoles des supermarchés, à la dépendance vis-à-vis de l’agro-alimentaire, au tout tourisme sur le littoral, au tout agro-industriel dans les terres.

En somme, c’est grâce au CELIB si la Bretagne ressemble à une caricature de l’aménagement ultra-capitaliste d’un territoire.

Ce phénomène fut pensé et mis en œuvre par des technocrates, Bretons et Français, sans aucun intérêt pour le consentement des populations et la cohérence des projets avec l’environnement naturel et humain. C’est à dire avec l’idée bretonne et écologique.
Heureusement que notre pays est capable de résistances, sinon il n’y aurait de toute façon déjà plus de Bretagne.

Face aux catastrophes en séries produites par cette vision du monde obsolète et archaïque, il serait bon que les incantations en faveur d’un nouveau CELIB cessent, et s’éteignent avec la triste mémoire de ce groupement et de ces actions.

Plogoff avait mis à mort le CELIB, Notre Dame Des Landes a achevé de l’enterrer.

Peut-être que dans la nostalgie de cette époque, il n’y a que l’attrait pour un rassemblement de l’élite bretonne « au-delà des clivages », des idées et donc de la politique. L’objectif était d’aller négocier directement avec Paris, sans se poser la question de ce que veulent les Bretonnes et les Bretons, en supposant que l’élite régionale incarnait naturellement la volonté populaire du territoire.
Pour relocaliser l’économie, produire, transformer, distribuer et consommer localement, pour entamer une réforme agraire, une transition énergétique, des créations de services publics bretons, pour tout cela et bien d’autres choses, il faut penser, s’organiser, agir avec le peuple, dans sa diversité et non « au-delà » des différences et des divergences.

Les succès historiques du nationalisme breton sont indéniables.

Ses échecs également. Il y a toujours, dans un cas comme dans l’autre, beaucoup à apprendre de cette longue et riche histoire. Si les erreurs sont à la base de ces transformations nécessaires de l’Emsav, alors elles n’auront pas été faites pour rien. La Bretagne attend qu’on lui parle d’autonomie et d’indépendance. Qu’on lui en parle concrètement, et non pas en vendant un développement sans aucun sens, si ce n’est l’enrichissement d’une petite élite. Notre pays et notre peuple valent définitivement mieux que ça.

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Á propos de l'Auteur

Alan LE CLOAREC
Alan LE CLOAREC 7 posts

Militant indépendantiste et membre de Douar ha Frankiz - Pour une Bretagne Libre. Ouvrier du bâtiment, je mène également des recherches de façon indépendante sur le nationalisme breton, après avoir déjà travaillé le sujet lors d'un doctorat de science politique. En 2016 j'ai publié chez Coop Breizh "Aux origines des mouvements bretons".

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1 Comment

  1. Penn kaled
    avril 08, 18:23 Reply

    Ce n’était pas la peine de vouloir faire un historique du mouvement breton depuis un siècle pour servir de prétexte à une critique tendancieuse plutôt qu’objective du CELIB .Par contre la stratégie de l’emsav jusqu’à 1945 est pour en grande partie responsable de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui . L es adversaires de la cause bretonne s’en sont servis pour porter le discrédit sur toute tentative d’émancipation de le Bretagne .Sur le plan linguistique le choix élitiste a aussi finit d’humilier une population qui l’avait déjà été suffisamment par le linguicide manigancé par l’état français et ses suppôts en Bretagne .Concernant NDDL faut t-il rappeler que même au départ l’udb et certains écologistes n’y étaient pas opposés ,de même que pour Plogoff ,la droite n’en n' »avait pas le monopole d’être en sa faveur .Ce qui me déçois aujourd’hui c’est que les alternatives énergétiques sont loin d’avoir compensées l’équivalent de ce qu’aurait produit cette centrale ,j’y étais opposé à l’époque .Quand je vois que même des écologistes s’opposent aux éoliennes aujourd’hui ,rien n’est simple .De toute façon le gros problème de la Bretagne c’est que à chaque fois qu’il y a un projet , réflexe d’opposition un collectif se met systématiquement en place ,.C’est l’avènement de la culture du soi sous prétexte de protection de l’environnement ,cela dit il n’est pas question d’accepter n’importe quoi non plus et le fait qu’il; n’y ait pas de grandes zones sans habitats en Bretagne n’aide pas non plus pour la réalisation de projets .Imaginez qu’il serait question aujourd’hui de construire le barrage Guerlédan ,sans commentaires ….Je ne doute pas de votre e sincérité mais votre vision de la Bretagne est utopiste ,elle n’existe que dans vos rêves .Du fait que vous adoptez une stratégie clivante qui exclu bon nombre de partisans de l’émancipation de la Bretagne de différentes opinions .A la limite si la Bretagne était déjà autonome ou indépendante ,votre ligne politique aurait sa place mais on en est loin ,pour l’instant il faut trouver des dénominateurs communs et non des diviseurs

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