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Bretagne : ouverture maritime naturelle ou frontière terrestre imposée ?

de Rémy PENNEG
Publié le Dernière mise à jour le

Il ne doit sans doute exister aucun autre pays au monde dans une telle situation.
La Bretagne est un peu comme un rectangle. Trois de ses côtés, dont les deux plus longs, sont intégralement maritimes. Et à l’est un des petits côtés est terrestre.

D’une part, quelques 2700 kilomètres de déroulé de plages, d’îles, de criques et de ports maritimes. Et d’autre part, entre la Baie du Mont Saint Michel au nord et la frontière vendéenne au sud de la Loire Atlantique, une façade terrestre dix fois moins longue à l’est.

Bretagne ou 2700 kilomètres d’ouverture maritime et dix fois moins de frontière terrestre : vers où croyez-vous qu’on nous force à regarder ?

Notre géographie naturelle est ainsi faite depuis la nuit des temps.
Pendant des siècles, la Bretagne s’est donc naturellement tournée vers ce qui apparaît, et est le plus important : l’océan.
Les voies de communication terrestres étaient mauvaises quand la marine commerciale bretonne fut jadis une des plus puissantes d’Europe. Les marins bretons furent de tous temps des voyageurs, exportateurs et conquérants. Encore aujourd’hui, mais plus en sports nautiques, des Bretons figurent toujours parmi les plus réputés au niveau international.

Puis notre Histoire a basculé.

Les amarres furent renforcées sur le flanc est. Tandis que rien ne fut fait pour continuer notre épanouissement vers le large. Comme s’il ne fallait plus que nous échangions avec le monde. Mais seulement avec une capitale lointaine située au centre d’un hexagone centripète. Puis à cette vieille capitale finissante, s’est ajoutée une autre encore plus lointaine. Toujours plus à l’est. Nous subissons en permanence les forces conjuguées de ces deux aimants.

Cela ne serait pas dommageable pour la Bretagne, territoire périphérique de ce monde-là, si ces deux pôles n’étaient pas exclusifs. Exclusifs et centralisateurs. Ce qui ne nous laisse qu’une marge trop infime de manœuvre.
Nous sommes Argoat et Armor, et cette alchimie a fonctionné à merveille durant des siècles.
Mais c’était avant …

Amarrés, cadenassés … et nous n’avons pas encore les clefs.

Encore aujourd’hui, les acteurs économiques et surtout politiques en Bretagne, ne peuvent quasiment rien décider sans l’autorisation des administrateurs lointains ou de leurs représentants sur place. L’océan qui nous baigne et nos côtes ne sont globalement plus que des terrains de jeu et de vacances pour citadins étrangers en quête de loisirs et de repos estival.
La Bretagne est à la porte du plus important couloir maritime du monde, mais n’en bénéficie pas, ou si peu. Les grands ports de Nantes et de Brest, devraient, de par leur passé et leur position géographique stratégique, compter plus en Europe.

L’État central nous impose son est.

Nos côtes sont reléguées aux loisirs et aux belles images. Et presque tout est organisé pour que nous regardions vers l’est. Nous devons impérativement être à trois heures de Paris par le train. A part quelques vols aériens vers des destinations estivales (on en revient aux loisirs et aux vacances) nos avions ne vont majoritairement qu’à Paris.

Nous sommes sommés de dépenser des fortunes pour nous rapprocher, pour nous accrocher toujours plus de leur nombril, de leur ventre, de leur île  … Car nous n’avons pas le droit de penser autrement.

Cet horizon à l’est nous limite en perspectives.
Nous devons impérativement ré-appendre à appréhender notre territoire. Il n’y a qu’à regarder la carte de cet ouest européen pour constater que la Bretagne est résolument maritime. Nous n’avons pas besoin d’un train pour parler et commercer avec le monde.

C’est vers le large que nous devons aller.

Allégeons au plus vite les amarres trop serrées sur notre est et imaginons plutôt notre avenir vers le reste du monde.
Il n’est pas plus coûteux d’importer ou d’exporter un container vers les Amériques ou l’Orient, que de le livrer en Allemagne ou en Catalogne par la route. Le pouvoir central est malade. Sa maladie c’est le centralisme, et cette maladie est ici incurable.

Ce pouvoir central est en soins palliatifs. Mais devons-nous attendre sa perte totale pour espérer ?
La mondialisation est en route. L’économie de la Bretagne est en concurrence directe avec le monde entier.
Les océans et le numérique sont les deux bases essentielles que nous devons nous imposer. Nous-Mêmes. Ce sont les clefs de notre meilleur avenir.
N’attendons (plus) rien de l’est.

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3 commentaires

Jean-LuK 22 août 2018 - 8h06

Accuser la France est une excuse récurrente en Bretagne, mais est-elle pertinente ?
Si l’on observe les principaux ports mondiaux ou européens, ceux-ci ne sont pas naturellement liés à un long littoral maritime, beaucoup plus à leur arrière-pays. Le littoral belge ne totalise que 66 km de côtes, mais abrite les ports d’Anvers et de Zeebruges. Si l’on totalise le tonnage qui transite par les ports bretons de la Bretagne administrative, il est équivalent au port de Bordeaux ou à celui de La Rochelle. Là encore, c’est l’arrière-pays qui prime.
Pour développer la Bretagne, il faudrait faire comme la Belgique (ou Dunkerque), sacrifier une partie du littoral à l’économie, ce qui est impensable pour beaucoup de Bretons. Même chose pour l’énergie… un jour peut-être, l’arrêt de Plogoff sera considéré comme une énorme erreur, alors qu’aujourd’hui on place sur un piédestal les manifestants !
On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre, fut-il salé !
La pointe Bretagne possède deux magnifiques plans d’eau inexploités, il y a le potentiel pour en faire un (petit) Singapour européen, mais il est plus que probable que la population ne l’acceptera jamais.

http://www.lantenne.com/Classements-des-ports-mondiaux_a26954.html

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Berger 22 août 2018 - 10h19

La mise en accusation du centralisme français tombe mal: c’est la commission européenne qui préconise l’abandon des ports bretons au profit de la Belgique dans le cadre de la préparation du Brexit, malgré les protestations énergiques du gouvernement et des élus français.

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La Rédaction 22 août 2018 - 13h01

Bonjour et merci de ce commentaire. Cet article ne traite pas spécifiquement du Brexit et de ses éventuelles conséquences sur le secteur maritime breton. Là c’est un autre article en cours d’écriture. Ici on est plus dans le général en se posant la question simple : alors qu’on dispose de 2700 kilomètres de côtes maritimes, on a finalement des activités maritimes modestes. Parce que le pouvoir central nous impose de regarder vers l’est, la plus petite façade du pays, de regarder vers Paris. Comme si rien ne pouvait se faire par ailleurs. Et comme vous le dites très bien, Bruxelles ne fait pas mieux. Nous ne sommes pas certains des « protestations énergiques » de nos administrateurs, qu’ils soient Parisiens ou Bretons. Ne serait-ce pas des protestations minimalistes de circonstances ?

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