Bretons du Connemara

Bretons du Connemara

de Thierry JIGOUREL

Bretons du Connemara

Difficile de dessiner les contours du Connemara sur une carte. La région n’a pas de papiers administratifs. Elle est pourtant en règle avec les rêves et les littérateurs. Au point d’avoir inspiré de grands films et un nombre important de romans inspirés. Elle est aussi le refuge privilégié d’une poignée de Bretons qui l’ont choisie comme une patrie de l’âme. Et qui s’y sont intégrés.

Où commence le ciel ? Où finit la terre ? L’eau douce ? Et l’eau salée ?
Patchwork de tourbières, de lacs et d’îles, dont le vert conteste le noir de la tourbe et les infinis camaïeux de gris, le Connemara est décidément le bout du bout du monde de l’Europe.

Son nom n’est pas attaché à une délimitation géographique.

Sur ces arpents de landes rases, cet univers minéral où le végétal se fraie une place à la force des racines, on préfère le verbe à l’administration. En général on le situe tout à l’ouest de l’Irlande, au nord des îles d’Aran et entre le lac de Lough Corrib et la mer.
Connemara est une déformation de Conmaicne Mara, qui signifie littéralement « descendants de Con Mhac de la mer ».
Peut-on rêver nom plus épique et plus poétique ? Surtout lorsque l’on sait que le nom de Connacht, celui de la dite province est lui-même une contraction de « Con Mhac », qui veut dire « fils de chien ! »
Il n’est guère de plus grand compliment pour les Irlandais anciens !

Écrin du Playboy of the Western World de l’immense John-Myllington Synge et de Gens du Connemara du général poète Padraig Pearse, président de l’éphémère première République d’Irlande, la région est aussi un lieu de refuge et de félicité pour des Bretons toujours à la recherche d’ailleurs fertiles et de mondes authentiques.

Difficile de savoir à quand remontent des liens qui se resserrent au fil des ans, à mesure que l’Irlande, ici, fait figure de terre promise.

🌍 Pourquoi les Bretons vont-ils au Connemara ?

✔ Proximité culturelle celtique
✔ Terre sauvage et préservée
✔ Accueil chaleureux des Irlandais
✔ Opportunités maritimes et économiques

Le temps des pionniers

L’un des premiers à s’y établir fut Marcel Samzun, de Belle Ile en Mer, dont le frère Lucien, avait été un temps élu conseiller général. Deux Gwennediz[1] qui taquinent depuis longtemps les poissons, les crabes et les homards en ces années où l’air sent le sang, les larmes et la poudre à canon, et alors que le troisième de la fratrie dirige, à Lorient / An Oriant, une entreprise de crustacés.

Tandis que Padraig Pearse et Michael Collins rêvent de bouter le Sassnach[2] abhorré de l’île, Marcel et ses frères y installent des viviers à langoustes. Lesquelles en ces années de guerre d’indépendance s’en donnent à cœur joie, dans des eaux tiédies par le Gulf Stream, alors que les naturels d’Hibernie font les yeux de Chimène aux pommes de terre rescapées du mildiou.
Les Samzun jettent d’abord sur l’île d’Inishbofin, sise à quelques encablures au nord de Cleggan / An Cloigeann, leur dévolu et leurs casiers.

Plus tard, ils s’installeront à Aughrisbeg / Ughrisbeg, sur la grande île d’Irlande.

Un bras de mer profond et abrité, sis entre deux pointes rocheuses et accessible par la route ou ce qui en tient lieu, jusqu’à un certain point. Il faut transporter sur plusieurs centaines de mètres, à dos d’homme, les sacs de ciment destinés à construire le vivier sur une concession accordée par le jeune État Libre.
La guerre ruine les business des frères Samsun.

Bientôt, d’autres Bretons rejoignent l’Irlande, certains par le Pays de Galles et les réseaux d’entraide mis en place par le Plaid Cymru, le mouvement nationaliste gallois.

 La Maison du Connemara

Yann Fouéré, qui est de ceux-là, survit, à Dublin / Baile Átha Cliath, comme un certain nombre de militants bretons.
En 1949, il est contacté par Marcel Samzun qui lui propose de s’associer à l’affaire. Une épopée racontée avec talent dans le récit autobiographique La Maison du Connemara. [3]

Les Samzun s’étaient fabriqué une sorte de guérite qui tenait un peu par la force des enchantements.
Quatre murs de béton enserrant un bureau grand comme un placard. Une architecture qui tient plus des toilettes improvisées du fond du jardin que d’une maison digne de ce nom. Surtout pour accueillir femme et enfants, restés dans un premier temps à Dublin / Baile Átha Cliath.

Tout est à faire ou presque dans un milieu terraqué qui tient plus du far-west que d’une contrée de l’Europe industrielle. Les naturels de la généreuse Erin, vont mettre la main à la pâte. Les Fouéré s’intègrent alors dans cette société qui courtise beaucoup la Guinness et peu le travail. La bienveillance vis à vis des Bretons est quasi institutionnelle. Même lorsque Yann écrase malencontreusement Hitler, le chien sans race indéterminée, de son honorable voisin Michael Walsh. La révision de son procès en 1956, et un acquittement à la clé, permettent au Breton de revenir au pays poursuivre un combat breton engagé avant la guerre. Et à Jean-François, son fils aîné, de reprendre bientôt les rênes d’une entreprise florissante.

 Jean Le Dorven, une Bretagne en bandoulière 

La décennie 70, où émerge un interceltisme musical et politique, voit d’autres liens se tisser en Irlande, tandis qu’à Derry / Doire et à Belfast / Béal Feirste, l’IRA Irish Republican Army affronte les forces britanniques et qu’en Bretagne, le FLB Front de Libération de le Bretagne fait sauter casernes et perceptions. C’est dans ce contexte haut en couleurs que Jean le Dorven arrive sur la côte ouest. Né à Berné, il a continué ses études au petit séminaire de Sainte Anne d’Auray / Santez Anna Wened, avant de décrocher, à Paris, un doctorat sur la sédimentologie de la mer de Gâvre.
De juin à septembre, il étudie. L’été, il embarque sur le Tornade, la pinasse de 18 mètres, du patron Georges Duick, immatriculée au quartier maritime de Lorient / An Oriant, qui monte harceler le merlus jusqu’au large des îles d’Aran.

Bretons du Connemara
Bretons du Connemara – Jean Le Dorven – ©Didier Houeix

Après avoir monté un élevage de crevettes sur la presqu’île de Quiberon / Kiberen, puis offert ses compétences aux marins d’Houat pour créer une écloserie de homards, Jean le Dorven multiplie des missions dans une Irlande qui intègre le marché Commun en 1973.
Il s’installe définitivement à Claddaghduff /Un Cladach Dubh , une petite anse paradisiaque face à l’immense océan, en plein Connemara.

L’écloserie d’huîtres qu’il installe sur les treize hectares du terrain acheté en août 1976, prospère.

Au point de lui donner l’idée de produire aussi du naissain d’ormeaux et de palourdes. Une initiative féconde après que le bonamia, un virus ostréicole, ait décimé la colonie d’huitres plates. « Avec les Fouéré, on était pionniers dans cette activité » se souvient Jean, en jetant un regard attendri sur son voilier, le Chieftain, un Centurion de 32 pieds, qui tire sagement sur ses amarres en attendant d’estivales transhumances vers le sud.
« A l’époque, tous les Irlandais quittaient le Connemara, beaucoup pour les U.S.A.». Jean, un large sourire illuminant son visage débonnaire, ajoute que des Bretons en délicatesse avec l’État français venaient en partie les remplacer : « Nous avons accueilli des commandos du FLB, notamment ceux de l’attentat contre la villa du commissaire le Taillanter [4]. Certains sont restés ici. Il y avait aussi des filières depuis l’Irlande vers l’Euskadi ou des pays d’Afrique du nord. Si tu te tenais tranquille, la République d’Irlande te tolérait sans problème ! »

Le ton se teinte de nostalgie, à l’évocation d’un temps où Clifden / An Clochán …

… était un gros bourg rural où la principale activité était l’élevage de ces poneys Connemara dont Polig Monjarret, l’ami fidèle, importa les premiers individus en Bretagne.
« Tout le monde se déplaçait en stop. Tu voyais des tas de vieilles Ford rouillées, certaines sans capot, sur des routes ourlées de nids de poules. Tu n’apercevais pas un chat dans les rues, avant 9 heures ».
Le paradis celtique sur la terre a changé depuis que l’Eire a mis un tigre… celtique dans son moteur.
Mais aux yeux de Jean et d’Odile, son épouse, qui monta et tint à bout de bras le B’nb Kermor, pas question de retour en Breizh. D’ailleurs, le Kornog, un Prétorien de douze mètres équipé d’un moteur de 55 cv, basé à Lorient / An Oriant et immatriculé à Galway / Gaillimh, assure vaillamment le lien entre les deux pays celtiques, celui qui a une république et celui qui n’en a pas.

Bretons du Connemara
Bretons du Connemara – Marie Talarmin – ©Didier Houeix

Marie Talarmin  ausculte le fond des océans

A Galway / Gaillimh, une pluie fine et persistante mouille les choses et les êtres, en cette fin de septembre qui prend déjà sa vêture d’automne.

Marie Talarmin est originaire du pays de Portsall dans le Léon occidental. La jeune femme semble ici comme un poisson dans l’eau, ou un Irlandais au pub. Après des études d’hydrographie et un diplôme d’ingénieur obtenu à l’Ensta de Brest, Marie postule un peu partout, jusqu’en Australie.

« J’avais envie de voyager. J’ai reçu plusieurs réponses positives dont une d’Irlande, de la société HYDROMASTER, pour laquelle je travaille toujours. J’ai choisi l’Irlande que je connaissais déjà, pour avoir sillonné la côte ouest avec une copine, sac à dos, l’été de mes dix-neuf ans. Á l’époque, la compagnie ouvrait un petit bureau à Galway / Gaillimh. Aujourd’hui, on est six, rien que sur ce site. On croule sous le travail et les contrats, du fait notamment, qu’en Irlande il n’existe pas de service hydrographique d’État. Brian Smith, mon patron, est irlandais. La compagnie est basé à Oranmore / Órán Mór ».

Marie Talarmin travaille pour divers ports de la République d’Irlande.

Waterford / Port Láirge, Cork / Corcaigh, Rosslare / Ros Láir ou Dublin / Baile Átha Cliath. Pour des sociétés qui souhaitent agrandir les espaces dévolus aux bateaux. Mais aussi pour E.S.B, l’équivalent irlandais d’E.D.F. Avec un parc de cinq bateaux, de six à douze mètres, la société HYDROMASTER se porte bien. L’entreprise, 100 % irlandaise, est appelée désormais pour des missions jusqu’au Royaume Uni. Quant à la vie en Irlande, Marie Talarmin s’y fait plutôt bien si l’on excepte le manque de luminosité.

Il est vrai qu’en comparaison de la lumière éclatante des côtes du Léon, le Connemara souffre d’un léger déficit. « Ici la météo est pourrie » avoue Marie sans ambages. « Il n’y a pas d’été ni de printemps.« . Les tempêtes décrites dans la Maison du Connemara, hurlantes, sauvages, dévastatrices en diable, confirment ses propos. Parfois, le miracle se pose sur la terre bénie de Dieu. « L’été dernier il y a tout de même eu jusqu’à 30° C dans le Donegal, juste le jour du mariage d’une amie basque avec un Irlandais. »

La cuisine locale rattrape guère le climat.

« Peu de bons légumes, de bons fruits, beaucoup de graisse. En revanche, du bon pain, du bon beurre et du bon fromage ».
Et il y a les paysages. La musique. Et les Irlandais ! « Toujours chaleureux, ouverts et curieux dans le sens positif ! ». L’atmosphère a changé depuis que Michel Mohrt dans un roman, mettait en scènes deux patriotes bretons s’escrimant à parler leur langue à des naturels qui n’y comprennent goutte et qui, finalement, après un regard sur une carte Michelin, leur tapaient sur l’épaule en leur disant : « ah, vous êtes Français ! Patron, deux Guinness ! » « Je dis toujours que je suis bretonne, précise Marie.

« Eh bien, en sept ans, il n’y a que deux personnes qui m’ont demandé où se trouve mon pays ! » La faute au Festival Interceltique de Lorient / An Oriant. Et au grand Polig Monjarret, qui favorisa les échanges entre Bretagne et Irlande et qui fut à l’origine de l’importation sur le continent du fabuleux poney Connemara ? « Le week-end, dit Marie Talarmin, ce sont les grands espaces. Randonnées à vélo et paddle ! » Et les amis. « Il y a beaucoup de Bretons à Galway / Gaillimh ! Ils se mélangent bien aux Irlandais. »

Deux frères et un bateau

Abel Martin a grandi, comme son frère Löuis, sur l’île de Yann-Bêr Kalloc’h : Terlew er maez[5]
Par la liaison aérienne Lorient / An Oriant – Galway / Gaillimh, voici une petite décennie, l’Irlande était à un saut de puce. Surtout pour des gars Bro Gwened[6], que l’envie d’ailleurs titille. Le premier des deux frères Martin à s’installer ici, c’est Löuis.

En 2015 il pose ses valises sur Inishbofin / Inis Bó Finne, où près d’un siècle plus tôt, Marcel Samzun installait ses viviers.
Sur ces cailloux battus par les vents qui comptent cent-vingt âmes en hiver, il alterne un emploi d’aide chef de cuisine au Doomore, et la pêche aux bigorneaux, avant d’acheter un canot lorsqu’Abel le rejoint, en 2016.

Bretons du Connemara
Bretons du Connemara – Abel et Louis Martin – ©Didier Houeix


« On a alors pêché du poisson, qu’on vendait en direct, dans les hôtels et restaurants de la région. » Aujourd’hui, avec leur Orkney, les deux frères posent la bagatelle de 250 casiers à homards. Une activité que complètent des compétences culinaires, dont on a compris qu’elles ne sont pas précisément le point fort des Irlandais. « En 2023, on a acheté une cuisine mobile qui nous permet de cuire le homard et de préparer le poisson. » Il faut croire que le temps dans le Connemara ne s’écoule pas tout à fait comme sur le continent, car les deux frères trouvent encore le temps de travailler dans les parcs à huîtres et à ormeaux d’Erwan Tonnerre, petit cousin du grand Michel Tonnerre, parti trop tôt au paradis des bardes.

Tonnerre… de Groix !

Les racines d’Erwan plongent, profondément dans le sol de Groix / Enez Groe.
Un BTS agricole option biologie marine, en poche il ressentit l’appel du large. Direction l’Irlande et le Connemara.
Après des études universitaires à Galway / Gaillimh et un stage dans une écloserie de homards à Carna, il trouve à s’employer chez Jean le Dorven. « C’était en 1995. Je suis ensuite revenu à Groix / Enez Groe où ma famille avait les mêmes viviers que les Fouéré à Cleggan / An Cloigeann. Et j’ai acheté à Jean le Dorven du naissain d’huîtres que je revendais au bout d’un an aux restaurateurs de l’île. »

Entre un bistrot … irlandais, monté à Port Tudy / Porzh Tudi, avec sa femme Agnès, et de fréquents voyages dans le Connemara où il se forme auprès de Maître le Dorven, Erwan Tonnerre n’a guère le temps de s’ennuyer.

Bientôt l’élevage des ormeaux n’a plus de secret pour lui.

En 2010, il franchit le pas et crée sa société en Irlande, à quelques encablures du Kermor, où Odile le Dorven tient table d’hôte.
« On fait du naissain, en ponte naturelle. Il reste deux ou trois ans sur place avant de venir sur Groix pour l’affinage. » La solidarité insulaire- Erwan emploie Abel Martin pour s’occuper des parcs lorsqu‘il est sur le continent, se double d’un interceltisme assumé. Au point qu’Erwan et Agnès achètent une maison à Clifden / An Clochán en 2015.
Depuis, l’homme de Groix passe au minimum trois mois par an au nord-ouest de notre monde. Sur les cousins gaels, Erwan Tonnerre ne tarit pas d’éloges. « Bretons et Irlandais se ressemblent beaucoup. Les Irlandais sont généreux et chaleureux. Je n’ai jamais eu de soucis là-bas. Et maintenant nous y sommes intégrés. Tout le monde nous connaît. »

Si forts, les liens entre les deux îles qu’Agnès a monté en 2022 l’association Groix-Inishmore. « L’an dernier nous avons invité une quinzaine de jeunes irlandais à Groix, tous frais payés et cette année, ce sont quinze jeunes Croisillons qui partent à Inishmore ! »

Amélie le Guennec, comme un poisson dans l’eau

Près du village de Cong / Conga qui jouxte le comté de Mayo, le château d’Ashford est une splendeur néogothique sertie dans un écrin de 140 hectares de verdure sis sur la rive du Lough Corrib et construite en 1228.

Le domaine appartint un temps à Lord Guinness, l’homme qui, grâce à son divin nectar couleur de tourbe, rend les hommes plus forts que leurs chevaux. Depuis 1939 c’est un hôtel au nombre d’étoiles presque aussi important que sur le stars and stripes [7]. Ça tombe bien, nombre de naturels irlando-américains y séjournèrent. Pour le plaisir ou pour le travail. Comme John Wayne et Maureen O’ Hara, en 1951 à l’occasion du tournage de l’Homme Tranquille.

Bretons du Connemara – Amélie Le Guennec – ©Didier Houeix

Amélie Le Guennec n’était encore pas née.

Pourtant elle n’est pas peu fière d’officier aux cuisines du Cottage, un des restaurants afférents au site. Cossu, stylé et simple à la fois, c’est un endroit où le poisson est roi. Et où il l’affiche par sa présence, sous toutes les formes sur les murs et sur les meubles de l’auberge.

Ici, l’Irlande se rêve. Mais elle s’incarne aussi. Et se sublime.
Née à Vannes / Gwened d’un père de Pluvigner et d’une mère originaire de Langres Amélie Le Guennec a grandi à Quiberon / Kiberen avec l’odeur de la marée aux narines. Ses parents tenaient le restaurant Au Bon Accueil, avant que sa mère ne décide de s’occuper des trois enfants et que son père ne devienne chef du restaurant La Criée. Après une formation chez le triple étoilé au Michelin Marc Veyrat, à l’Antidote, Amélie a ressenti l’envie de voir du pays.

Presque naturellement, ses pas l’ont entraînée vers ces étendues tourbées

Ces étendues qui tutoient une grande bleue virant au vert et au gris. Un séjour professionnel au Casher House, à Clifden / An Clochán, en 2006, suivi d’un retour sur le continent, de Belgique au Dauphiné et Amélie Le Guennec refait ses valises pour prendre un bol d’Eire.
C’est après une seconde expérience dans une maison de retraite de Carna, qu’elle est engagée, en 2012, au Cottage, où elle est chef de cuisine, accordant sa préférence aux fruits de mer et poissons.  » Parfois, Abel et Löuis (Martin) m’apportent de beaux homards. Ou des maquereaux presque vivants. Mais j’aime aussi cuisiner les soles meunières, ou tout autre poisson. »

Irlande oblige, Amélie propose aussi à ses clients des huîtres au granité de Guinness.
De quoi mettre à genoux les palais les plus rétifs.
Un souhait ? Oui sans doute : « Il y a encore beaucoup de choses, notamment de la mer, que les Irlandais ne mangent pas. J’aimerais aussi qu’ils passent du concept nourriture-nécessité à celui de nourriture-plaisir ». Gageons que la jeune cuisinière bretonne y parvienne.

Mais… bretonne encore, Amélie Le Guennec ?

Habituée à tirer des bords sur le vieux hooker du skipper Matt Casey- le voilier emblématique de Galway, mariée ou presque avec Patrick Regan, qui n’est pas acteur de séries B américaines, mais contracteur  agricole à Ballyhaunys / Béal Átha hAmhnais, elle n’a guère de raison de rentrer au pays. Les liens du cœur ne sont cependant pas coupés. La jeune femme conclut dans un sourire : « Et puis, j’ai à Cleggan un bateau Fider 14 acheté à Carna, à Paul Martin et qui était  immatriculé à Auray / An Alre! »

Les liens entre Bretons et Irlandais sont depuis longtemps au beau fixe.
Qu’en sera-t-il à l’avenir ? A tous d’en décider, dans une galaxie celtique qui prend conscience d’elle-même. Et à condition que les compagnies maritimes et aériennes se maintiennent et permettent la perpétuation de ces liens du cœur et de l’âme.

Paul Martin : hommage à l’Irlande sauvage

Paul Martin est né au Havre. La « seconde ville bretonne de France », comme il dit.
Mais après des années passées sur l’île de Groix / Enez Groe et dans le pays de Kemperle, il décide de poser ses valises sur une île plus grande encore. L’Irlande le hèle. La première fois c’était il y a quarante-cinq ans. Après un retour sur la Grande Terre, Paul rejoint définitivement le pays des héros et des saints.

C’était il y a quatre ans. « Ici c’était plus tranquille« 

La crise du covid a été gérée de manière plus humaine qu’en France. Tu pouvais respirer, te promener au bord de la mer. » D’ailleurs, dit Paul Martin, ici, la bienveillance et la chaleur humaine font partie des traditions «Je vais à la pêche en laissant les clés sur le tableau de bord. Il n’y a jamais aucun problème».

Bretons du Connemara
Bretons du Connemara – Paul Martin – ©Didier Houeix


L’Irlande, Paul l’aime tellement qu’il la croque, il la peint, surtout, il la célèbre sur des bois gravés qu’il vend dons son atelier de la presqu’île de Carna ou sur les marchés autour de Clifden / An Clochán. Ses thèmes, il les puise dans la nature intacte et vivifiante du Connemara. Une éclosion d’éphémère, un coucou, une éphémère dans le bec, une truite faro sont autant de sujets qu’il immortalise dans le bois. Lorsqu’il n’est pas en mer à tutoyer les vastes horizons.

 Gwilherm Garcet, un fils de corsaires dans des parcs à huîtres

Né à Paris par accident, Gwilherm Garcet est originaire de Saint Malo / Sant Maloù, la cité corsaire tournée vers les îles Britanniques. C’est une rupture amoureuse qui l’entraîne dans le Connemara. Ici, comme disait Xavier Grall, on ne se fait pas des peaux, mais on se fait des âmes. Ou on se les refait.
Depuis, Gwilherm a pensé ses blessures. Et s’est constitué un réseau d’amis dans un pays dont il célèbre « les plages, les oiseaux et les légendes ».

Bretons du Connemara
Bretons du Connemara – Gwilherm Garcet – ©Didier Houeix

Les Irlandais ? « Ils sont super accueillants et simples, juste le minimum et ils sont heureux.

Quand on travaille il n’y a aucun problème. » Ça tombe plutôt bien, Gwilherm Garcet n’a pas les deux pieds dans le même sabot. Et aucune peur ontologique des efforts. Responsable des parcs s à huîtres d’Erwan Tonnerre le plus clair de l’année, lorsque vient la belle saison, il y ajoute des travaux d’élagage et de bucheronnage. Pas le temps de s’ennuyer. Ni de se laisser manger le cœur pas d’inutiles nostalgies. Si l’on y ajoute une administration moins tatillonne et envahissante qu’en France, on comprend qu’à la question d’un retour éventuel vers le continent, Gwilherm réponde par un non bien affirmé.

🤝 Bretagne & Irlande : une relation unique

✔ Échanges humains anciens
✔ Réseaux militants et culturels
✔ Activités économiques partagées
✔ Identité celtique commune

[1] Vannetais.
[2] L’Anglais
[3] Editions Coop Breizh, Spézet, 1995.
[4] Lire cet article à propos du FLB Front de Libération de la Bretagne
[5] Trois lieues au large, extrait de Me a zo ganet e kreiz ar mor, de Yann-Bêr Kalloc’h.
[6] Le Pays Vannetais.
[7] Nom du drapeau américain.

Texte de Thierry Jigourel
Crédit photos Didier Houeix

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