Crit’Air, ou quand le monde rural finance la pollution urbaine

Crit’Air, ou quand le monde rural finance la pollution urbaine

Crit’Air, une vignette pour aider à lutter contre la pollution dans les villes arrive à Rennes.

Depuis ce Lundi 1er Octobre, la vignette Crit’Air est obligatoire pour circuler dans la ville de Rennes (hors rocade pour l’instant). Une vignette financée essentiellement par la population rurale.

Comme toute personne, j’aime respirer à plein poumon, sentir l’air frais, et ne pas avoir de quinte de toux à chaque inspiration.
Crit’Air c’est magique !

Avec l’arrivée de la vignette Crit’Air, nous allons avoir 40 % de pollution en moins. Youpi !
Mais à y regarder plus sérieusement, cette vignette est en réalité un plan drastique de lutte contre la pollution liée aux gaz d’échappement.
Lors d’un pic de pollution, seule une partie des voitures aura le droit de circuler selon le numéro de classification inscrit sur la vignette.

Deux critères sont retenus :

– La date de la première mise en circulation
– Le type de carburant du moteur.
Sur le papier, l’utilisation de cette vignette est donc un moyen efficace et juste de limiter les épisodes polluant.

Un Loudéacien va finalement payer plus cher qu’un Rennais !

Je cautionne tout à fait ce genre de dispositif de « pollution/punition ». Cependant, je tiens tout de même à faire remarquer que c’est dans l’application, que cette vignette est clairement inégalitaire.

C’est le monde rural qui va, proportionnellement, payer le plus lourd tribu avec l’arrivé de Crit’Air.

Si vous êtes un citadin, Rennais de surcroît, vous allez donc payer cette vignette. Un acte logique puisque ce sont  eux  les empoisonneurs de l’air.
3,62 euros ! Ceci est le prix de la vignette (fabrication, édition, et envoi). L’État assure ne pas faire une marge dessus.
Même si payer une vignette pour nous interdire de rouler certains jours peut être d’une moralité douteuse, venant de Paris, la moralité n’est plus dans l’équation depuis longtemps.

3,62 euros à vie, ce n’est pas bien onéreux.

Mais à y regarder de plus près, le poids du prix de cette vignette n’est pas le même pour tout le monde.
Si vous habitez ailleurs en Bretagne, par exemple Loudéac-Merdrignac. Il y a fort à parier que bon nombre de ses habitants, dont je fais partie, ne va pas à Rennes, ne serait-ce qu’une fois par an.
Ainsi, cette vignette rendue obligatoire même pour les visiteurs ultra-occasionnels coûtera 3,62 euros pour une vie de pollution à Rennes par un Rennais. Elle va coûter le même prix pour une utilisation hypothétique lors d’un trajet improbable à Rennes par un habitant de la ruralité.
Ainsi, ce sont donc ceux qui ne polluent pas la ville qui vont payer le plus lourd tribu.

L’obligation d’aller en ville en voiture !

Avec la disparition de nos services publics en campagne, la concentration de ces services et de la population dans les villes, nous voici donc obligé de prendre notre voiture. De faire parfois plusieurs dizaines de kilomètres (et donc de polluer) pour accéder à quelque chose que nous avions auparavant à domicile. Aujourd’hui un Loudéacien est envoyé à Saint Brieuc, mais demain, devra-il aller à Rennes ?

L’État et la Région Bretagne ne proposent pas non plus à la population extra-urbaine de se rendre dans les villes de manière groupée ou plus écologique. Pas de train, des bus (tout aussi polluants que les voitures voir plus (avec des horaires difficilement compatibles avec nos besoins)), pas non plus de Tyroliennes, de montgolfières ou d’autres moyens de circulations propre.
La pollution est essentiellement un problème urbain. Ici, en Centre-Bretagne, nous respirons à plein poumons. Nous ne subissons pas les embouteillages. Nous utilisons notre voiture que dix minutes pour faire dix kilomètres. Là où dans les villes, il faut parfois 45 minutes pour parcourir la même distance.

Pour ma part, je suis excédé de toujours devoir payer pour les bêtises des autres.

Comme beaucoup, je n’ai jamais voulu que mes services publics ou que mon bureau de poste ferme au profit de celui d’une ville. Mon hôpital, jadis à 15 km est maintenant à près de 30 km. Quand je prends ma voiture, c’est pour l’utiliser juste le temps du trajet effectué à la limitation de vitesse en vigueur.
Mais à cause de l’Etat, et de sa politique de concentration de l’humain dans les villes, nous voici obligé de payer des choses que nous n’aurions pas eu financer si la Bretagne et la France étaient construites de manière intelligente et écologique et non pas dans une vision 100 % économique. Il serait temps de se rendre compte que l’économie peut s’investir d’écologie !

Réduire, c’est possible !

Avec quelques observations simples, nous pourrions réduire de manière drastique l’impacte de la pollution humaine sur la nature sans en faire systématiquement payer le prix au peuple.

1. Réduire les emballages de nos aliments

Quand on voit que le consommateur paye deux fois pour chaque emballage, il serait temps de dire « STOP ».
Sur un simple paquet de gâteau :
– Un cellophane (ou papier plastique)
– Une boite en carton gorgée d’encre cher et polluante
– Un autre cellophane (ou papier plastique)
– Un séparateur en plastique
– Un sachet fraîcheur
Et tout cela, le consommateur paye pour acheter le produit, puis paye pour le recycler. Il suffirait de légiférer sur un emballage maximum ou sur une éco-conduite participative pour les producteurs ou les distributeurs.

2. Supprimer le plastique

Le plastique se dégrade dans la nature. Ouf… Oui, mais au bout de 400 voir 450 ans. Ce n’est évidemment là qu’une estimation, car nous n’avons pas encore le recule. Les premiers plastiques artificiels datent de 1850. En 2018, nous produisons encore des bouteilles en plastique. Pourtant, voilà des décennie que l’on sait produire des bouteilles composées à partir de déchets de canne à sucre qui se compostent. Alors, pourquoi nos bouteilles plastiques continuent d’être évacuées dans des centres de tri et jetées dans l’incinérateur ?

3. Les pesticides

Certaines communes comme Laurenan, et nous pouvons les féliciter, ont voté le « zéro phyto ». Un engagement pour la population et le futur.
Mais la politique nationale attachée et financée par les lobbys n’arrive pas a avancer sur le sujet. Il suffit de prendre le dernier exemple en date du glyphosate. Les politiques nous offrent dans cette affaire un véritable manque de franchise et de volonté. L’argument principal est qu’il n’existe pas de produit moins dangereux mais tout aussi performant.
Pourtant ces produits existent. A Loudéac par exemple, Jacques Le Verger a inventé un désherbant « naturel » et jugé sans risque. Un produit qui a passé pourtant haut-la-main tous les tests il y a déjà bien des années. Mais l’autorisation officielle de vendre ce produit se fait toujours attendre.

4. La fabrication d’énergie

En France, nous n’avons que deux types d’énergie possible :

A. Les énergies fossiles

Le gaz, le pétrole, le charbon, entre autres, sont malheureusement limités. Les extraire coûte cher et sont souvent source de pollution des milieux naturels.

B. L’énergie électrique

Depuis le 26 avril 1986 la planète entière à découvert la dangerosité du nucléaire. Mais nous continuons à l’utiliser. Pire même, nous maintenons sous perfusions de subventions nos centrales à bout de souffle.
Il est d’ailleurs prévu d’injecter des milliards d’euros d’argent public pour prolonger la vie de nos centrales alors que l’autorité de sûreté du nucléaire a émis un avis négatif.

Mais ce n’est pas tout !

Aujourd’hui, on nous parle de solaire. Les panneaux actuels consomment bien plus d’énergie pour les produire qu’ils n’en n’apporteront dans leur utilisation. Et je ne vous parle pas de la fin de vie des panneaux que nous ne savons pas recycler.
La dépense de production (création) et de production (utilisation) affiche aussi un rapport en berne pour l’énergie éolienne.
Notre seule solution serait de réduire notre consommation personnelle.

5. La consommation d’énergie

Consommons-nous bien ?
Depuis le premier choc pétrolier, on nous dit qu’il faut mieux consommer notre énergie. Mais notre mode de vie va radicalement à l’inverse de cette doctrine.
Là où a Loudéac et Merdrignac, il y avait des transports en commun de masse comme le train, il n’y a plus que la route.
Et là où nous avions une poste dans chaque village et des micros trajets à faire sur le territoire, on nous à enlevé nos services publics (et nos emplois locaux).
Là où nous avions un téléphone à cadran, nous avons des smartphones (consommant autant qu’un réfrigérateur à l’année), des tablettes, des montres connectées, des ordinateurs, …
Et puis là où nous avions des téléviseurs, nous avons des écrans plats géant qui se mettent uniquement sur veille, des décodeurs, des box Internet, des enceintes connectées,…
Là où nous avions une cafetière vingt tasses qui ne chauffait l’eau qu’une seule fois et en utilisant qu’un seul filtre, nous avons des Senséos à capsules ou il faut chauffer vingt fois l’eau pour avoir vingt tasses. Les cigarettes sont maintenant électroniques et consomment beaucoup… .

Ce n’est qu’un début de liste, mais elle pourrait être très longue …

6. Les voitures

Autrefois, nous avions des voitures, une par famille et des déplacements groupés. C’est ainsi que nous avons grandi. Aujourd’hui, bon nombre de familles ont deux voire trois voitures, et des déplacements chaotiques.
Beaucoup sortent la voiture pour chercher le pain le matin puis rentrent chez eux. Puis sport ou association dans la journée, et le soir petite sortie entre ami. Je ne parle pas des trois enfants qu’il faut emmener : Ludo au judo à 14h, Julie à la danse à 14h45 et le petit Damien à l’escalade à 17h…

Nous l’avons appris la semaine dernière, nos élus viennent de voter l’alignement du prix du gasoil sur celui du super.
Le gasoil coûte moins cher à produire, à quantité égale il reste plus économique (sur la distance parcouru) et enfin, depuis les années 2000, les moteurs diesel sont équipés de filtres qui piègent les particules fines.
Mais si le plein d’hydrocarbure est de plus en plus élevé pour nous, consommateurs, il ne faut pas oublier que le Kérozene, plus polluant que le diesel, est totalement détaxé. Un avion de ligne qui décolle consomme autant qu’une voiture sur toute l’année.

Quelle alternative donc !

Le gouvernement met toutes ses billes de communication dans la voiture électrique. Pourtant, la France possède une énergie électrique produite à 77% par le nucléaire (chiffre de 2014).
Les déchets les plus radioactifs resteront dangereux pendant 100 000 ans. On peut donc se demander pourquoi ce choix.
D’ailleurs, petite question subsidiaire en passant :
Pourquoi en 1834 les industriels ont crée une voiture électrique avec une autonomie de 30km (et une vitesse de pointe de 100KM/h) et que 184 ans plus tard, après des millions euros de subventions et de recherche, nous ne soyons qu’a une autonomie moyenne de 150km pour une voiture familiale ?
Ne dites pas « et l’on y peut rien » !

Cela nous montre bien que la vision de nos politiques, toutes époques et toutes étiquettes confondues, est de nous faire consommer plus, pour nous taxer plus. Et non pas offrir aux générations futures un monde dans lequel ils pourraient vivre en bonne santé.
Des premières taxes sur le carburant, à la vignette Crit’Air. Puis de la volonté de l’État de désertifier les espaces ruraux au profit d’une population massée et mal-à-l’aise dans les villes. De la multiplications des emballages des produits industriels jusqu’à la fabrication de machine qui consomment plus d’énergie qu’avant (exemple machine à café), et au juteux trafic du recyclage, tout est fabriqué et pensé pour nous faire consommer et nous faire culpabiliser par la suite afin de mieux nous faire payer encore.

Quelques liens

Pourquoi le kérozene est détaxé ? – www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/17217/reader/reader.html#!preferred/1/pa

Radioactivité – www.laradioactivite.com/site/pages/Duree_Dechets.htm

Invention de la voiture électrique – www.futura-sciences.com/tech/questions-reponses/voiture-electrique-premiere-voiture-electrique-t-elle-ete-inventee-966/

Autonomie d’une voiture électrique – www.linternaute.fr/auto/guide-pratique-auto/1408730-quelle-est-l-autonomie-d-une-voiture-electrique/

Désherbant bio – refus de l’Etat – www.letelegramme.fr/bretagne/desherbant-naturel-l-espoir-renait-a-loudeac-25-10-2017-11716271.php

#Ecologie #glyphosate #Critair #Pollution #Economie #Bretagne #Rennes

Précédent Exposition Henry Moore à Landerneau : derniers jours ...
Suivant Un point sur la politique linguistique en Bretagne, par Paul MOLAC

A propos de l'auteur

Gaël SQUIBAN
Gaël SQUIBAN 2 articles

Homme de radio depuis 1997, mon chemin m'a entraîné jusqu'en Corse et en Alsace. De retour dans le pays de mon enfance, la Bretagne, je monte Billigradio. C'est avec ses années d’expériences acquises sur de nombreuses radios régionales et réseaux nationaux que ce média fait la promotion d'une Bretagne actuelle dynamique et ouverte.

D'autres articles qui devraient également vous intéresser

Économie circulaire en Bretagne : le recyclage des bouteilles plastiques

Qu’est-ce que l’économie circulaire ? Aujourd’hui, trop majoritairement, on vit dans un cycle linéaire où on fabrique un produit. Puis on le consomme. Enfin on le jette. L’économie circulaire veut

Pierre de Braine chevalier croisé breton.

Suite et fin de la vie de Pierre Ier de Bretagne, par l’Historien Éric BORGNIS-DESBORDES. Fin du règne de Pierre Ier de Bretagne. Entretemps Pierre s’était remarié avec Marguerite de

Ce changement d’heure sera t-il le dernier en Bretagne ?

Les députés européens votent la fin du changement d’heure. Ce 08 Février 2018, les députés europens siégeant à Bruxelles ont voté pour la fin du changement d’heure dans ce qu’il

1 commentaire

  1. Velocipediste
    octobre 20, 19:49 Répondre
    Bonjour. La vignette est obligatoire uniquement en cas de pic de pollution. Donc la plupart du temps, vous pouvez circuler à Rennes sans vignette. Sinon il y a les parkings relais et les transports en commun pour se déplacer dans Rennes. Les jours de pollution, le ticket journée sera à tarif réduit. Peut être que les rennais sont ceux qui roulent le plus en voiture dans Rennes. Ou peut être que ce sont les métropolitains qui, faute de transports en commun suffisamment performants, prennent leur voiture pour venir travailler à Rennes. Habitant dans Rennes, je ne prends ma voiture que pour sortir de Rennes. Très exceptionnellement pour circuler dans Rennes. Cordialement.

Laissez un commentaire