Brit Air de 1973 à 2013, le rêve d’icare breton

Brit Air de 1973 à 2013, le rêve d’icare breton

Le 31 mars dernier, le nom Brit Air prenait son dernier vol vers la postérité.

Brit Air, plus de quarante années de bons et loyaux services pour celle qui fut la seconde plus vieille compagnie de France. Fleuron de l’industrie Bretonne, la compagnie aérienne fait partie intégrante de l’ADN de la région.

Je suis natif de Morlaix
Brit Air fait partie de la vie locale. Elle génère de l’emploi, d’une certaine manière elle représente la ville toute entière et son économie : c’est une fierté. À titre personnel, il y aura toujours une pointe de nostalgie et d’orgueil lorsque j’évoque Brit Air : mon père a fait partie de la compagnie depuis ses balbutiements. Il fait partie de ces hommes et ces femmes qui ont transformé cette petite compagnie d’avions taxi. Avec travail, énergie et passion ils ont fait de Brit Air une référence européenne en matière de transport régional.

Brit Air c’est une grande famille, des bretons passionnés d’aéronautique qui ont réalisé un rêve peu banal pour leur région. J’ai également fait partie de la compagnie avant de m’installer au Canada, tout comme ma soeur ; moi comme personnel naviguant, et elle au siège social. Quand je vous disais que c’était une famille !

On me demande souvent d’où vient ma passion du voyage, c’est beaucoup de choses à la fois. Voler tout petit en avion direction la grande ville de Londres, évoluer dans le milieu aérien indirectement, ça laisse forcément des traces.

Brit Air

Un CRJ700 de la compagnie aérienne bretonne Brit Air

Retour sur les grandes dates d’une histoire morlaisienne

À l’aube du siècle, la passion de l’aéronautique

Car la tradition de l’aviation est au cœur de l’histoire de Morlaix. Dès 1911 un meeting aérien est organisé. Puis la Bretagne prend part à la fièvre aéronautique. Dès 1932 un premier aérodrome avec deux pistes en herbe fait son apparition. Son plus célèbre utilisateur ? Rien de moins que Charles Lindbergh qui l’utilisa fréquemment entre 1935 et 1939 ! Pour les curieux sa signature est présente sur le livre d’or de l’aérodrome. Puis en 1939 l’aérodrome est construit. Puis il sera réquisitionné par les allemands sous l’occupation. Il sera alors considérablement transformé : pistes, hangars et bâtiments techniques seront construits. C’est d’ailleurs dans un de ces hangars en terre battue, construit par les allemands, que la maintenance des avions de Brit Air était réalisée à ses débuts !
L’aéroport se lance dans le trafic de fret dans les années 1950 mais reste en léthargie dans l’après-guerre.

1973 – Fondation de « Brittany Air International »

C’est sous l’impulsion de Xavier Leclercq qu’est née la « Brittany Air International ». Dont la marque commerciale deviendra Brit Air. C’est alors une société d’avions taxis qui émerge dans le paysage breton. Un moyen pour les entrepreneurs locaux de se rendre en région parisienne ou même à Londres pour affaires.
L’Organisme international OACI attribue les codes de trois lettres de toutes les compagnies aériennes du monde.
Ryanair l’irlandaise c’est RYR, Scot Airways l’écossaise c’est SAY et la Brittany Air International c’était BZH.

Vols régionaux en Bandeirantes et Cheyennes : l’aventure des années 1970

Puis la compagnie fait l’acquisition de nouveaux appareils. Et les lignes au départ de Rennes, Morlaix, Quimper, Le Havre et Caen vers Londres sont ouvertes. Ce sont ces années qui verront notamment l’apparition des Bandeirantes. Ce sont de petits appareils de dix huit sièges de construction brésilienne, de quoi inviter à l’évasion.

Brit Air

Brit Air, la Bretagne dans les airs

Années 1980 : Le tournant Air Inter et l’arrivée des ATR

Alors Brit Air prend de l’expansion, en signant un accord d’affrètement avec Air Inter elle exploite à présent des lignes intérieures. Rennes-Paris et Quimper-Paris. Un tournant. Le milieu des années 1980 voit l’arrivée dans la flotte de deux ATR-42, des avions de cinquante places alors affrétés par Air France. Ils viendront élargir la flotte, déjà composée de Piper Aztec, Piper Cheyenne, Bandeirante, et enfin les Fokker hollandais. Une flotte d’appareils aux noms inspirants !

La gloire des années 1990 – Icare, Bombardier et la reconnaissance

Les années 1990 sont un tournant majeur pour la compagnie bretonne. 1991 voit la naissance d’Icare, le propre centre de formation de Britair ! Au milieu de la décennie c’est le grand virage canadien : les premiers CJR 100 (Canadair Regional Jet) sont livrés, 4 appareils à réaction de cinquante places. En 1997 c’est le début des franchises avec Air France sur l’ensemble du réseau de la compagnie, qui passe alors à trente trois lignes !
1998 marque l’entrée de Brit Air au Second marché de la Bourse de Paris, c’est le plein essor pour l’entreprise bretonne. La même année Britair se dote de ses premiers Fokker F100, des jets hollandais de cent places, ces appareils augmentent le nombre de passagers, ainsi que la croissance annuelle !

Années 2000 – L’arrivée d’Air France

Au tournant du millénaire Air France est à présent actionnaire majoritaire de Brit Air. Une année qui verra l’arrivée d’un troisième simulateur de vol pour le centre Icare, ainsi que la construction du nouveau siège social. Car les jets forment à présent la plupart des appareils de la flotte. Brit Air continue son partenariat avec Bombardier et accueille le nouveau CRJ-700, un appareil de soixante douze places dont elle sera la compagnie de lancement. Au fil des années les livraisons d’appareils se succèdent, et en 2002 le fondateur Xavier Leclercq prend sa retraite, et Marc Lamidey le remplacera. 2003 marque le trentième anniversaire de Brit Air, elle compte 1 200 salariés et une flotte de trente sept jets !

En 2007 les couleurs changent et de nouveaux uniformes signés Christrian Lacroix habillent le personnel naviguant. Cette même année Brit Air passe commande des nouveaux appareils Bombardier CRJ-1000, des jets de cent places appelés à remplacer les Fokker-100. En 2011 c’est l’ensemble de la flotte qui est alors aux couleurs canadiennes avec les CRJ 100, 700 & 1 000, l’effectif grimpe à 1400 salariés, Icare accueille alors près de 4000 stagiaires par année.

2013 / 2016 – Le regroupement

En 2013 s’amorce le début de la métamorphose : Brit Air est regroupé au sein de « Hop! », avec les compagnies Regional et Airlinair, elles formeront un nouveau pôle de court et moyen courriers pour Air France. Cette annonce se fait l’année du quarantième anniversaire de la compagnie. Les salariés du siège de Morlaix s’inquiètent de ce regroupement, et 2015 voit la disparition de cinquante emplois.

2016 voit la fin du nom de Brit Air, une page qui s’est tournée dans le silence, à ma plus grande déception. Brit Air était l’un des plus beaux rêves bretons, elle aura portée le triskell et les voyageurs haut dans les airs. Brit Air c’est une partie de ma vie, un nom synonyme de fierté, merci à tous ceux et celles qui ont fait de ce rêve une réalité. Bon vol.

Brit Air

Le triskell celtique, un des emblèmes de la Brit Air

Pour finir je vous partage ces quelques mots laissés par Monsieur Xavier Leclercq sur Facebook à la suite de la disparition de Britair :

« LA VIE D’UN NOM

Un nom, ce n’est pas qu’une appellation, c’est une identité.
Une identité qui s’enrichit tout au long de sa vie, qui se forge dans les événements, heureux ou malheureux, qui s’imprègne de son environnement et des valeurs affichées par tous ceux qui y contribuent.
Au bout d’un certain temps, ce nom devient l’emblème de la personnalité.
On s’y attache, évidemment, avec la force du vécu qu’il véhicule.
La disparition d’un nom est bien plus que la disparition d’un mot
Alors, aujourd’hui, je suis triste de voir s’en aller ce nom, auquel je me suis attaché depuis sa naissance …..
Mais d’ici, sur mon lit d’hôpital, je vous assure que je ne l’oublierai jamais, mais je dépasserai cette tristesse annoncée.
Adieu, BRIT AIR.
Vive l’avenir
Vive la vie ! »

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A propos de l'auteur

Franck LABOUE
Franck LABOUE 1 articles

Natif de Morlaix et adopté par le Québec, je porte toujours ma Bretagne natale dans mon coeur. Passionnéde Voyage et infatigable curieux, le monde me passionne et m'intrigue.

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7 commentaires

  1. Luc JEROME
    mai 23, 11:26 Répondre
    très bel article très poignant. Je ressens en effet très bien l'écrit de Monsieur Xavier Leclercq En effet pour beaucoup, l'hélico en Bretagne est synonyme de HELIBREIZH. Nous nous battons pour ça aussi, d'où notre implication dans Produit en Bretagne.
  2. J.Cl. THIRION
    mai 25, 07:43 Répondre
    Merci pour ce magnifique retour en arrière.... Pour avoir fait partie pendant 15 ans de l'aventure, j'ai ressenti comme un noeud au fond de ma gorge à la lecture de ce rappel de la vie de Britair. Enfin, un très grand MERCI à MONSIEUR XAVIER LECLERCQ et toute son équipe de collaborateurs pour m' avoir permis de vivre mes plus belles années professionnelles.
  3. Tom
    mai 25, 14:25 Répondre
    Salarié britair, je regrette l'independance et la gestion humaine des années loin de AF...
    • Rémy PENNEG
      mai 25, 21:19 Répondre
      On est toujours mieux dans une petite structure que dans une trop grande impersonnelle. Merci
  4. Franchement Tremellec
    septembre 03, 17:15 Répondre
    Bravo pour l'évocation de l'aventure Brit Air. J'ai souvenir pendant escale à Morlaix en 1991 d'avoir bénéficié de la bienveillante compétence des mécanos pour changer le plexi de porte de notre TB10 vandalisée sur le tarmac pendant les festivités de la nuit du 14 juillet ! Les passages de Lindbergh ont lieu avant 39; le terrain était-il déjà à l'endroit actuel ou à Langolvas?
  5. Rouge Gorge
    juillet 16, 21:58 Répondre
    Mon mari et moi avons souvent voyagé avec Britair dans les annees 90. Je n'ai pas vu d'un bon oeil l'emprise d'Air France sur Brit Air. A l'heure ou Hop ne veut plus desservir la ligne aerienne Quimper Paris, mes craintes sont confirmées et J'en suis très triste et aimerait que Brit Air renaisse de ses cendres.

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