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Brittany Ferries prépare une importante réorganisation de son réseau à partir de l’automne 2026.
Deux liaisons transmanche vont disparaître et deux navires seront vendus. Ces décisions sont inédites pour une compagnie qui relie la Bretagne, la Normandie, l’Angleterre, l’Irlande et la péninsule Ibérique depuis plus d’un demi-siècle.
Pour autant, Brittany Ferries ne quitte ni la Manche, ni la Mer Celtique, ni la mer d’Irlande.
Elle réaffecte ses moyens vers les lignes jugées les plus solides. Cette restructuration traduit néanmoins une réalité préoccupante. L’entreprise doit absorber en même temps les conséquences du Brexit, le recul du trafic, le remboursement de sa dette sanitaire et une facture carbone considérable.
Quelles lignes Brittany Ferries supprimera t-elle en 2026 ?
La première suppression concerne la liaison entre Portsmouth en Angleterre et Le Havre en Normandie.
La compagnie bretonne Brittany Ferries prévoit de l’arrêter en octobre 2026. Exploitée sous une forme économique depuis 2014, cette traversée quotidienne ne parvient plus à trouver son équilibre.
La compagnie fermera également Poole-Cherbourg en Novembre.
Toutefois, elle ne renonce pas à desservir Cherbourg depuis l’Angleterre. Une nouvelle liaison quotidienne partira de Portsmouth. Le port normand conservera donc une relation régulière avec la côte britannique.
De son côté, Cherbourg-Rosslare continuera de relier la Normandie à l’Irlande.
Seul le navire affecté à cette ligne changera. Cette précision compte, car certaines reprises médiatiques ont laissé croire à la disparition de cette traversée stratégique.
Enfin, les dessertes de Guernesey seront réorganisées.
L’Islander assurera une rotation triangulaire Portsmouth-Guernesey-Cherbourg-Portsmouth. Le navire rapide Voyager continuera, quant à lui, de relier Poole à Guernesey, avec une possibilité de prolongement vers Saint Malo / Saint Maloù.
Pourquoi les ferries Barfleur et Cotentin seront-ils vendus ?
Cette réorganisation s’accompagne de la vente de deux navires.
Le premier est le Barfleur, mis en service en 1992.
Il dessert principalement Poole-Cherbourg. Après plus de trente ans d’activité, son exploitation devient moins performante que celle des unités récentes.
Le second navire est le Cotentin, construit en 2007.
Il assure actuellement la liaison entre Cherbourg et Rosslare. Sa vente ne condamnera pas cette ligne, puisque d’autres moyens seront mobilisés pour maintenir le service.
Brittany Ferries souhaite ainsi concentrer son activité autour d’une flotte plus propre et plus efficace.
L’entreprise cherche aussi à réduire ses dépenses d’exploitation. La vente de navires ne représente donc pas seulement une rentrée financière immédiate. Elle doit également diminuer les coûts futurs.
Ce choix s’inscrit dans une transformation plus large.
La compagnie a accueilli cinq nouveaux ferries au cours des cinq dernières années. Deux navires hybrides sont notamment entrés en service en 2025. Ils associent gaz naturel liquéfié, batteries électriques et systèmes de gestion énergétique.
Comment Brittany Ferries en est-elle arrivée à cette restructuration ?
La situation actuelle ne découle pas d’une cause unique.
D’abord, les effets du Brexit continuent de peser sur les échanges transmanche. Les formalités se sont multipliées. De plus, les habitudes de voyage et les circuits logistiques ont évolué.
Selon les données communiquées par l’entreprise, le trafic de fret demeure inférieur d’environ 20 % à son niveau de 2019. Le nombre de passagers reste, pour sa part, inférieur d’environ 15 % aux années précédant le Brexit et la pandémie.
Ensuite, Brittany Ferries rembourse encore le prêt garanti contracté pendant la crise sanitaire.
La compagnie a déjà réglé près de la moitié de cette dette. Toutefois, plusieurs dizaines de millions d’euros doivent encore être remboursées d’ici 2030.
À cela s’ajoutent la hausse des coûts énergétiques et une demande moins dynamique qu’espéré.
Les réservations pour la saison 2026 auraient ainsi reculé de 5 à 6 % par rapport aux prévisions budgétaires. Chaque ligne insuffisamment remplie devient alors plus difficile à maintenir.
Cette accumulation explique les décisions annoncées.
Brittany Ferries cherche désormais à consolider les traversées les plus robustes plutôt qu’à préserver l’ensemble de son réseau à perte. La stratégie paraît prudente. Pourtant, elle montre aussi la fragilité persistante du transport maritime transmanche.
Brittany Ferries en chiffres
- 13 navires exploités sur le réseau principal. La compagnie contrôle également 51 % de Condor Topco, qui exploite notamment les navires Liberation, Clipper, Goodwill, Voyager et Islander.
- Deux nouveaux navires entrés dans la flotte en 2025 : le Saint-Malo, en février, et le Guillaume de Normandie, en avril. Ces deux ferries associent propulsion au GNL et batteries électriques.
- 2 679 salariés en équivalent temps plein en 2025, dont 1 780 marins et 899 salariés à terre.
- En haute saison, les effectifs atteignent 3 029 personnes, dont 2 088 marins.
- 73,21 % du capital détenu par les actionnaires agricoles, 12 % par CMA CGM Participations, 10,52 % par les chambres de commerce et d’industrie bretonnes et 4,27 % par divers autres actionnaires.
- 2 429 927 passagers transportés durant l’exercice 2024-2025, en intégrant les activités de Condor Ferries.
- 881 888 véhicules de tourisme transportés, camping-cars et autres véhicules motorisés compris.
- 193 903 véhicules de fret transportés, principalement des poids lourds et des remorques.
- 6 476 traversées réalisées pendant l’exercice 2024-2025.
- 14 lignes maritimes reliant la Bretagne, l’Angleterre, la France, l’Irlande, l’Espagne et Guernesey.
- 13 ports desservis : Roscoff/Rosko, Saint-Malo/Sant Maloù, Cherbourg, Caen-Ouistreham, Le Havre, Guernesey, Plymouth, Portsmouth, Poole, Cork, Rosslare, Santander et Bilbao.
- 615,02 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé en 2025, Condor Ferries compris.
Les données de trafic 2025 intègrent Condor Ferries dans le périmètre du groupe. Brittany Ferries seule avait transporté environ 2,15 millions de passagers en 2024.
Pourquoi la facture carbone constitue t-elle un paradoxe ?
Le système européen d’échange de quotas d’émission, appelé ETS, impose progressivement au transport maritime de payer pour ses émissions de dioxyde de carbone. Le principe répond à un objectif légitime : accélérer la décarbonation des activités les plus polluantes.
Cependant, Brittany Ferries estime que sa facture atteindra environ 27 millions d’euros en 2026.
Cette somme intervient alors que l’entreprise vient précisément d’investir dans une flotte moins émettrice. Selon elle, le mécanisme ne tient pas suffisamment compte des efforts déjà accomplis.
Le Royaume Uni met également en place son propre système.
Son coût initial restera limité, mais il pourrait rapidement augmenter. À terme, l’addition des dispositifs britannique et européen pourrait représenter près de 40 millions d’euros par an pour la compagnie.
Le paradoxe devient alors évident.
Brittany Ferries engage des capitaux considérables pour moderniser ses navires. Pourtant, ces investissements ne la protègent pas d’une charge financière immédiate susceptible de réduire ses capacités futures.
Il ne s’agit pas de contester toute tarification du carbone.
En revanche, une transition écologique cohérente devrait mieux accompagner les entreprises qui renouvellent réellement leur flotte. Sinon, la réglementation risque de fragiliser les acteurs les plus engagés tout en favorisant indirectement leurs concurrents moins exigeants.
Brittany Ferries subit-elle une concurrence équitable ?
Pour justifier l’arrêt de Portsmouth-Le Havre, Brittany Ferries dénonce également la concurrence de Dieppe-Newhaven.
Cette liaison bénéficie de financements publics. Selon la compagnie bretonne, ces aides permettent de maintenir une offre déficitaire avec laquelle elle ne peut durablement rivaliser.
Des recours restent examinés à Bruxelles.
Néanmoins, Brittany Ferries affirme avoir prolongé l’exploitation de Portsmouth-Le Havre aussi longtemps que possible. La fermeture de la ligne révèle donc les effets concrets d’une concurrence qui ne repose pas partout sur les mêmes conditions.
La question sociale complique encore le tableau.
Brittany Ferries combat depuis plusieurs années le recours à des marins employés selon des normes très inférieures aux standards français. Ce dumping social pèse directement sur les prix et sur la capacité des compagnies responsables à conserver leurs équipages.
Cependant, l’entreprise n’échappe pas elle-même aux contradictions.
Elle a ponctuellement utilisé des navires battant pavillon étranger et employant du personnel soumis à d’autres régimes sociaux. Cette réalité ne supprime pas le problème général, mais elle interdit de présenter Brittany Ferries comme irréprochable.
Pourquoi Brittany Ferries reste t-elle stratégique pour la Bretagne ?
L’histoire de Brittany Ferries commence à Roscoff / Rosko, sur la côte nord du pays.
En 1972, des producteurs de légumes bretons veulent ouvrir un accès direct au marché britannique. La première traversée commerciale a lieu en janvier 1973 avec un seul navire de fret. Depuis, la petite compagnie agricole est devenue un acteur maritime européen majeur.
Cette aventure est racontée dans notre dossier consacré à Brittany Ferries, fleuron breton du transport transmanche.
La compagnie a joué un rôle essentiel dans l’ouverture internationale de la Bretagne. Elle transporte des voyageurs, des véhicules et des marchandises entre plusieurs façades atlantiques.
Son nom constitue également une force.
Dans les ports anglais, irlandais et espagnols, Brittany Ferries rappelle chaque jour l’existence d’un autre pays, la Bretagne.
La compagnie assume d’ailleurs davantage cette identité depuis plusieurs années, comme nous l’expliquions dans Brittany Ferries, plus Brittany que jamais .
Son développement vers les îles Anglo-Normandes confirme cette ambition.
La prise de contrôle de Condor Ferries a élargi son réseau autour de Guernesey. La nouvelle organisation annoncée pour novembre 2026 doit maintenant rendre ces dessertes plus cohérentes.
Enfin, Brittany Ferries soutient des emplois maritimes, des activités portuaires et de nombreux échanges économiques. Elle occupe donc une place singulière dans l’économie maritime de la Bretagne. Sa santé financière concerne bien davantage que ses seuls actionnaires.
Cette réorganisation annonce t-elle un recul durable ?
Les fermetures annoncées sont sérieuses.
Elles réduisent les possibilités offertes aux voyageurs britanniques et entraînent la vente de deux navires emblématiques. Toutefois, elles ne signifient pas que Brittany Ferries abandonne son réseau historique.
Cette restructuration ressemble donc davantage à une consolidation qu’à un retrait général.
Brittany Ferries préfère sacrifier des lignes fragiles pour protéger l’ensemble. Le pari peut réussir si le trafic retrouve une dynamique favorable et si les nouveaux navires réduisent réellement les coûts.
Cependant, le signal doit être pris au sérieux.
Une compagnie maritime bretonne stratégique se trouve fragilisée malgré un demi-siècle de développement et d’importants investissements écologiques. Son avenir dépendra de ses propres décisions, mais aussi de règles européennes, britanniques et sociales plus cohérentes.
La Bretagne a donc intérêt à suivre ce dossier avec attention.
Brittany Ferries ne représente pas seulement une entreprise de transport. Elle constitue l’un de ses principaux liens directs avec les îles Britanniques, l’Irlande et la façade atlantique européenne.
Source principale : communiqué officiel de Brittany Ferries du 30 juin 2026.

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