✅ La culture bretonne ne doit pas être un produit.

✅ La culture bretonne ne doit pas être un produit.

De nombreuses personnes agissent pour la défense de la culture bretonne.

Et j’en fais partie et c’est très bien ainsi. C’est cependant là une lutte certainement constante et perpétuelle, comme pour toutes les cultures qui entendent survivre. La Bretagne depuis des siècles a dû répondre aux ambitions de son voisin français tout entier organisé à mettre la main sur son territoire. N’ayant pas réussi à ce résultat par la force, la France s’employa à y parvenir par la ruse politique. Dont en détournant un mariage personnel pour draper d’un voile plus agréable en réalité une démarche d’annexion. Puis par différentes actions visant à détruire l’identité bretonne. Les instituteurs du XIX ème siècle, hussards noirs de la République, s’y employèrent donc avec une ardente ferveur pleinement dévoués à faire des petits Bretons, incultes et Chouans, aux mœurs et à la langue perçue comme arriérées, de vrais citoyens français. Et ils y sont en partie arrivés si nous devions regarder les chiffres du nombre de brittophones aujourd’hui par rapport au début du XX ème siècle.

La difficulté aujourd’hui de la Bretagne ne se résumerait peut-être pas à cette opposition et à ses conséquences installées depuis fort longtemps.

Car si la France voulut franciser la Bretagne et les Bretons, la France elle-même se vit sujet à d’autres influences. Je fais ici référence à l’américanisation que toute l’Europe et tout le monde connut à des degrés divers à la sortie de la deuxième guerre mondiale, à cette époque même où des Bretons retrouvèrent pourtant leur identité perdue. Ainsi à cette époque, un musicien breton et non des moindres, Dan AR BRAZ, s’intéressa à sa culture bretonne mais que dans un deuxième temps, après avoir été attiré par des musiques plus anglo-saxonnes, en tout cas en apparence. Ainsi, les cultures s’entrechoqueraient, voire tenteraient de s’étouffer. Une culture de par sa suprématie en viendrait donc à pouvoir détourner des populations entières de ce qu’ils étaient en vérité, sans qu’elles n’aient eu le temps de le découvrir. Nous touchons là évidemment ce que Morvan LEBESQUE, nommait si justement, «la découverte ou l’ignorance».

Certains s’étonnent donc, y compris des Bretons, lorsque l’on se dit Breton.

Ils réagissent en disant «pourquoi». Mais peut-être devrions-nous comprendre de leurs bouches, l’interrogation «pour quoi?». Il faut ainsi reconnaître que les valeurs d’une société changent au gré des époques. Ainsi, si le XX ème siècle fut sans doute et avant tout nationaliste, avec tous les tourments que cela peut engendrer, le XXI ème siècle se voudrait mondialiste mais en premier lieu par le biais d’une économie libérale et elle-même mondialisée. Nous permettant même de siroter un Coca-Cola, même au plus profond du désert. En son sein, les cultures seraient devenues des produits, du marketing et l’UNESCO a pu déjà évoquer sa crainte de voir bien des langues dites minoritaires disparaître. Chacun peut se faire des tatouages maori sans jamais avoir eu d’origines de cette nature et sans même savoir la signification du dessin choisi.

Mugs et t-shirts …

Puis chacun peut s’acheter des mugs ou des tee-shirts à foison avec des triskell dessus et se dire porteur de la culture bretonne. Chacun peut acheter en bas de chez lui, une pizza faite par une personne d’origine alsacienne qui ne saura pas pour autant faire une choucroute traditionnelle. Chacun peut fêter Halloween sans chercher à connaître la place de la fête celtique du samain, ce que notre Gorsedd vigie de notre philosophie, pourrait donc en dire. Tout se mélangerait donc désormais, et sans plus de sens que de faire de chaque chose, un composant potentiel d’une identité consommatrice et individuelle, un élément matériel à acheter ou non. Et tous, nous serions les participants d’un tel fonctionnement. Il suffit pour s’en rappeler de voir de quelle manière nous pouvons voyager et aborder les autres cultures d’une manière tout aussi superficielle.

La rencontre de l’autre est et a toujours été une difficulté pour l’être humain, mais pour autant, ma culture bretonne n’est pas un produit.

Elle ne se résume pas à des objets fabriqués pour les touristes qui n’auraient que çà pour toucher du doigt la dimension spécifique et celtique de la Bretagne. Évidemment je prends en compte la modernité de notre époque qui peinerait à laisser une place à des Bretons qui voudraient encore disposer de leurs impressionnants penn bazh, de leurs bragoù bouffants, de leurs majestueux lits-clos, etc…
Mais je ne comprends néanmoins pas pourquoi il n’existe pas, au vu de la gastronomie présente chez nous, de véritables restaurants bretons et non pas uniquement des crêperies. Je ne comprends pas pourquoi, à l’instar des pulls islandais (désormais fabriqués en Chine), les Bretons n’ont pas pu réactualiser leurs vêtements traditionnels, en s’inspirant par exemple des broderies bigoudènes du Minor.

Et notre télé ?

Enfin je ne comprends pas pourquoi nous n’avons pas de chaîne de TV bretonne pour retransmettre les championnats de nos sports celtiques, de gouren ou d’autres choses (qu’ils reviendraient d’ailleurs de soutenir) ou encore diffuser de ce côté de la mer de Bretagne (aujourd’hui appelé la Manche), des programmes évoquant le pays qui nous seraient frères, à savoir le Pays de Galles. L’absence de toutes ces choses viendrait, si elles ne sont pas rectifiées, valider ce que bien des personnes pendant des années cherchaient à faire en dévalorisant la culture bretonne par le mot «folklore».

La culture bretonne ne doit pas être un produit …

Ni même un attribut. Mais bien plus une pensée, celtique, qui accorde à la liberté, à l’ouverture d’esprit, à la passion de véritables lettres de noblesse.
Redécouvrons notre pensée… Ne restons pas au seuil de cette profondeur. La France nous a éloigné de la richesse de notre littérature et de notre histoire, par des enseignements qui nous excluaient. Elle nous oblige donc désormais à rattraper ce temps perdu. Il y a tant de choses à revoir, tant d’auteurs, Brizieux, Le Goffic, Le Braz, Renan, Luzel mais aussi une légion de poètes, héros du quotidien, qui serait trop longue à énumérer.

A cause de la France …

Parce que je reste amputé d’une partie de mon âme, je dois découvrir ce que je suis… Et peut-être vous aussi…
Je dois comprendre encore ce vent qui me ramène inlassablement au plus près des falaises du Cap Sizun ou de Ploubazlanec/Plaeraneg.

Rattrapons alors ce temps perdu.
Faisons cet effort, pour que de nouvelles fleurs, un jour fleurissent.

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Á propos de l'Auteur

Thierry GUERIN
Thierry GUERIN 9 posts

Psychologue de profession, je suis écrivain de temps à autre, passionné de la nature humaine au point d'aller la rechercher là où elle se trouve dans toutes ses cultures. Adepte par conséquent de tous les horizons, de la mer au désert.

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