Originaire du Minnesota, William McMillan vit aujourd’hui à Brest où il poursuit ses études tout en apprenant le brezhoneg.
Passionné par la Bretagne depuis l’adolescence, ce jeune Américain partage sur Instagram son quotidien, son amour de la culture bretonne et son engagement pour faire vivre la langue bretonne dans la vie de tous les jours.
Dans cette interview exclusive accordée à NHU Bretagne, il revient sur son parcours étonnant, son regard sur l’identité bretonne et l’importance, selon lui, de rendre le breton visible et vivant auprès des jeunes générations.
Sommaire
Tu viens du Minnesota. Comment as-tu découvert la Bretagne ?
Quand j’ai commencé à apprendre le français au collège, j’utilisais les retransmissions de Ligue 1 pour améliorer mon français. Après un certain temps, je suis tombé amoureux du Stade Rennais et je me suis vraiment intéressé à l’identité culturelle liée au club, que les supporters semblaient revendiquer et promouvoir eux-mêmes.
Pour être honnête, j’avais déjà un Gwenn ha Du accroché au mur de ma chambre dans le Minnesota quand j’avais quinze ans ; cela faisait déjà partie intégrante de mon identité d’adolescent !
Mais mon intérêt pour le Stade Rennais m’a amené à découvrir la culture, l’histoire et les langues de Breizh. Finalement, j’ai eu l’occasion de vivre une partie de l’année en France pendant mes trois dernières années de lycée. Durant cette période, j’ai pu visiter Breizh à deux reprises, ce qui a renforcé mon admiration et mon amour pour cette région.
Pourquoi avoir choisi Brest pour t’installer ?
Tout simplement à cause de mes études de doctorat. J’ai vécu à Raozhon pendant les deux dernières années, le temps de mon Master à l’Université Rennes II, puis j’ai décidé de rejoindre l’Université de Bretagne Occidentale pour la suite de mes études.
Cependant, durant mes recherches de Master, j’ai pu voyager à travers Breizh et découvrir les différents départements du pays. Au final, le temps passé en Penn ar Bed, surtout dans le Bro Bagan, m’a convaincu que mon prochain lieu de vie devait être là-bas.
J’adore profondément cette région et je m’y sens chez moi. J’aime sa culture, ses habitants, ses paysages et oui, même sa météo !

À quel moment as-tu décidé d’apprendre le breton ?
Même si j’avais déjà commencé un peu l’an dernier, je me suis vraiment mis sérieusement à apprendre la langue il y a trois ou quatre mois.
Comme je travaille dans des environnements bretonnants, je trouvais presque irrespectueux envers moi-même de continuer à dépendre uniquement du français, surtout quand je défends l’usage du breton dans la vie quotidienne.
Je me suis donc donné pour mission d’apprendre le breton le plus vite possible.
Le brezhoneg est réputé difficile. Qu’est-ce qui t’a le plus surpris dans cette langue ?
D’abord, je voudrais dire que je trouve en réalité le breton plus facile à apprendre que le français !
Mais il possède certaines particularités qui le rendent très différent du français comme de l’anglais. Par exemple, les mutations consonantiques en breton sont quelque chose d’assez unique, mais qui peut être difficile à comprendre au début, notamment parce qu’elles peuvent marquer le genre.
Ainsi, le mot « château » se dit « kastell » (masculin), mais « un château » devient « ur c’hastell ».
À l’inverse, un mot féminin comme « carte », soit « kartenn », devient « ur gartenn » pour dire « une carte ».
Un autre aspect fascinant du breton est l’ordre des mots dans la phrase. Contrairement au français qui suit généralement une structure stricte Sujet-Verbe-Objet, le breton exige surtout que le verbe conjugué soit placé en deuxième position.
Cela permet au locuteur de mettre en premier l’élément le plus important de la phrase. C’est une manière magnifique de jouer avec la langue et cela crée une façon de communiquer très particulière qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs.
Comment les Bretons réagissent-ils quand ils découvrent qu’un Américain apprend leur langue ?
Souvent avec surprise, voire avec choc !
Mais presque toutes les personnes que je rencontre sont très curieuses de savoir pourquoi j’ai décidé d’apprendre le breton et adorent voir des étrangers s’intéresser à leur langue et à leur culture.
Personnellement, chaque échange que j’ai avec un Breton au sujet de la langue est une expérience positive et j’adore pouvoir apprendre toujours plus sur Breizh grâce à ces interactions.
Récemment, certaines personnes sont même venues spontanément me parler pour pratiquer leur breton avec moi ou m’en apprendre davantage, et c’est vraiment touchant.
J’ai créé mon compte Instagram pour encourager tout le monde à utiliser davantage de breton dans la vie quotidienne . J’utilise notamment le hashtag #RemplaceTonFrançais, et voir que cet objectif commence réellement à fonctionner est une sensation formidable.

Il faut toute une communauté pour sauver une langue.
Cela dit, il m’arrive parfois d’entendre :
« Mais à quoi peut servir le breton ? »
ou encore :
« C’est une langue qui meurt, ne perds pas ton temps. »
Même si ce genre de remarque reste rare chez les Bretons, c’est précisément cette mentalité qui tue une langue.
Mais simplement reconnaître l’existence du breton et son importance dans la société bretonne, c’est déjà soutenir et aider la langue.

As-tu l’impression que la Bretagne possède une identité différente du reste de l’Hexagone ?
J’en parlais justement hier avec un ami, et je pense sincèrement que Breizh possède une identité totalement distincte.
À tel point que même les personnes ayant grandi dans la société bretonne semblent avoir une vision différente de la vie.
J’ai l’impression que les Bretons ont une manière de vivre qui valorise la découverte du monde et l’ouverture aux autres, tout en restant profondément attachés à leur pays et à ses qualités.
Je rencontre rarement un Breton qui n’aime pas sa région, mais en même temps ils semblent toujours très curieux et ouverts sur le monde extérieur.

Il y a aussi la marque À l’aise Breizh.
Même si c’est un jeu de mots, je pense qu’il contient une part de vérité.
J’ai remarqué que la culture bretonne encourage à ralentir le rythme en fin de journée, à passer du temps avec ses amis et à ne pas se tuer au travail.
Que ce soit sur le Mail à Rennes ou sur les ports de Douarnenez, les Bretons prennent toujours le temps de souffler et de décompresser.
Les Bretons sont extrêmement fiers de leur identité et font énormément pour maintenir leurs traditions vivantes.
Par ailleurs, si l’on parle de culture, Breizh reste encore une fois très différente du reste de la France.
Je passe beaucoup de temps à voyager à travers le pays et je suis constamment frappé par l’originalité et la singularité de la Bretagne.
Bien sûr, on pourrait dire que presque chaque département français possède ses propres particularités, que ce soit dans la gastronomie ou l’architecture. Mais je trouve que Breizh possède une culture et une histoire préservées d’une manière que l’on ne retrouve, selon moi, qu’au Pays basque.
Et surtout, les Bretons adorent partager, ce qui les rend uniques.
Que dirais-tu à un jeune Breton qui hésite à apprendre le breton aujourd’hui ?
Je lui dirais d’abord qu’il faut commencer à parler la langue.
Pas besoin d’être capable de tenir une conversation entière pour parler breton.
En glissant quelques mots bretons dans son vocabulaire quotidien ou en demandant « ur banne chistr », on montre déjà aux autres que le breton est pertinent et important, tout en apprenant soi-même la langue.
C’est l’étape la plus importante : il faut simplement le parler, et le parler plus souvent.
On ne devient pas bilingue du jour au lendemain, mais on ne le deviendra jamais si l’on ne commence pas.
Ensuite, je recommande fortement le site Desketa, une plateforme gratuite créée par l’Office Public de la Langue Bretonne, qui propose des cours pour tous les niveaux. C’est une ressource formidable que j’utilise moi-même.
Troisièmement, il faut relier le breton à quelque chose que l’on aime dans sa vie.
Les gens apprennent une langue pour une raison : le travail, une passion, un intérêt culturel…
Il faut apprendre le breton pour une raison qui nous touche personnellement, car c’est cette motivation qui aide à continuer.
Enfin, il ne faut pas se mettre trop de pression.
Il vaut mieux apprendre à son rythme que vouloir devenir fluent trop vite.
On ne devient pas fluent du jour au lendemain, mais on ne le deviendra jamais si l’on ne commence pas.
C’est justement pour cela que je défends l’idée de « remplacer son français » (#RemplaceTonFrançais) : c’est simple, efficace, surtout quand on le fait entre amis.
Quelle est aujourd’hui la chose la plus importante pour la langue bretonne ?
En dehors de l’apprentissage de la langue ou de sa reconnaissance officielle par l’État, le breton a besoin de davantage de visibilité sociale.
Cela signifie qu’il faut entendre et voir davantage de breton dans la vie quotidienne :
sur Instagram, YouTube, Twitch, dans les cafés, les restaurants…
Si l’on entend suffisamment de breton au quotidien pour que cela devienne normal, alors les gens auront naturellement envie de l’apprendre parce qu’il deviendra « socialement utile ».
J’entends souvent de jeunes locuteurs dire qu’il existe des contenus pour les très jeunes enfants et pour les générations plus âgées, mais pas assez pour les jeunes adultes et les adolescents.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai créé mon compte Instagram.
Le problème, c’est que ce sont précisément ces jeunes générations qui devraient produire ces contenus.
J’encourage donc les jeunes bretonnants à créer des vidéos en breton.
Votre breton n’a pas besoin d’être parfait, moi-même, je ne suis pas fluent !, mais simplement faire des vlogs, jouer aux jeux vidéo en breton ou parler breton en terrasse de café contribue déjà à renforcer l’importance de la langue dans le regard des autres.
Le breton doit être entendu dans la vie quotidienne pour redevenir naturel.
Et surtout, faites de la musique !
Tous les genres, tous les styles.Il faut davantage de musique disponible en breton.
La musique est l’un des moyens les plus simples de donner envie à des non-locuteurs de s’intéresser à une langue.
Même chose pour les films ou les livres : il faut davantage de contenus créés directement en breton, et pas seulement traduits vers le breton.
————-
Merci beaucoup, William, d’avoir accepté cette interview. Nous te souhaitons de passer de merveilleux moments en Bretagne


2 commentaires
Bravo à ce jeune américain qui s’emploie à parler le breton .
La Bretagne tire son nom du breton et rien d’autre .
La Bretagne n’a pas à être une colonie culturelle de la France , breton apprend la langue de tes anciens et soit fier de ton identité sans repousser les autres personnes . Nous sommes un peuple premier mais minoritaire en Europe comme bien d’autres .
Refuse la politique qui est menée à notre égard , notre peuple breton par le pouvoir parisien .
Soutiens ta culture , ta langue : le breton , ton pays : Breizh , ta liberté d’exister !
Il est excellent. Mais je ne peux m’empêcher d’éprouver une honte absolue en pensant à tous ces Bretons qui se disent « patriotes », voire « autonomistes » ou « indépendantistes » et sont incapables de faire de l’apprentissage de notre langue une priorité.
Vous êtes la lie de notre peuple. Des losers.