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France en crise : faut-il préparer l’après ?
Pendant des années, les gouvernements français ont assuré que la situation restait sous contrôle. Certes, la dette augmentait. Certes, les déficits se creusaient. Pourtant, l’État central continuait d’emprunter, les marchés continuaient de prêter et la machine semblait encore avancer.
Aujourd’hui, le ton a changé.
Le 26 Mai 2026, le gouvernement a annoncé la création d’une mission confiée à quatre économistes indépendants.
Leur objectif consiste à établir un diagnostic complet des finances publiques françaises et à proposer plusieurs scénarios pour les années à venir. Présentée comme un exercice de transparence, cette initiative ressemble pourtant à autre chose.
Après neuf années de pouvoir continu, l’État central semble lui-même chercher à comprendre comment il a pu perdre la maîtrise de sa trajectoire.
La question dépasse largement les finances publiques.
Car lorsqu’un pays doit faire appel à des experts pour évaluer l’état de ses comptes, alors que tous les indicateurs se dégradent depuis des années, le problème n’est peut-être plus seulement budgétaire. Il devient systémique.
Le choix de Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla interroge également. Car si ces économistes disposent d’une expertise reconnue, ils incarnent aussi en partie le même écosystème technocratique qui diagnostique depuis des années les difficultés françaises sans parvenir à enrayer leur aggravation.
Un diagnostic connu depuis longtemps
Les difficultés du pouvoir trop central n’ont rien d’une découverte récente.
Depuis plus de quinze ans, la Cour des Comptes, le FMI, les agences de notation, la Banque de France et les institutions européennes dressent des constats très proches. Tous décrivent une dette en progression continue, des déficits chroniques et une incapacité récurrente à réformer durablement l’appareil d’État.
Les chiffres sont impressionnants.
La dette publique dépasse désormais 3 600 milliards d’euros.
Rapportée à la population, elle représente plus de 52 000 euros par habitant, du bébé qui vient tout juste de naître jusqu’aux plus anciens d’entre nous. Dans le même temps, le déficit public reste proche de 6 % du PIB alors que les règles européennes fixent une limite à 3 %.
Ces 52 000 euros représentent près de trois années de SMIC net.
Plus révélateur encore, cette situation concerne un pays qui figure déjà parmi les plus imposés du monde dit développé.
Les prélèvements obligatoires représentent environ 45 % du PIB tandis que les dépenses publiques dépassent 57 % de la richesse nationale produite chaque année.
Autrement dit, l’État central prélève énormément, dépense énormément et continue malgré tout à s’endetter.
Cette contradiction constitue sans doute le cœur du problème français.
Dans le privé, tout ménage dans ce cas est rapidement interdit bancaire. Et toute entreprise dépose le bilan.
Quand la dette devient un symptôme
Car dans le même temps, de nombreux Français ont le sentiment que les services essentiels fonctionnent de moins en moins bien.
L’hôpital traverse une crise durable majeure.
L’école inquiète de nombreuses familles, tant le pays décroche dans tous les classements internationaux.
La justice peine à traiter l’ensemble des dossiers qui lui sont confiés.
Quant à certains secteurs industriels, ils continuent de perdre du terrain face à la concurrence internationale.
Réduire la crise actuelle à une simple question comptable serait pourtant une erreur.
La dette n’est pas la maladie. Elle en est que l’un des symptômes.
Pour beaucoup de citoyens, la question devient donc simple : comment un État qui dépense autant peut-il donner l’impression de ne plus parvenir à assurer correctement certaines de ses missions fondamentales ?
Cette interrogation nourrit progressivement une crise de confiance qui dépasse les clivages politiques traditionnels.
Après McKinsey, le dernier recours ?
Le symbole de cette nouvelle mission est particulièrement frappant.
Ces dernières années, les gouvernements français successifs ont largement eu recours à des cabinets de conseil privés, notamment américains, afin d’accompagner certaines décisions publiques. L’affaire McKinsey est devenue l’exemple le plus connu de cette évolution.
Aujourd’hui, le contexte paraît plus grave.
Il ne s’agit plus d’améliorer une politique publique ou de moderniser une administration. Il s’agit de comprendre comment éviter une aggravation continue de la situation financière française.
Cette annonce donne ainsi l’impression d’un système qui cherche un nouveau diagnostic alors que les précédents existent déjà. Les rapports s’accumulent depuis des années. Les recommandations également. Pourtant, les déséquilibres continuent de se creuser.
Dès lors, certains observateurs voient dans cette mission moins un signe de maîtrise qu’un aveu d’impuissance.
Plus capable de comprendre et d’analyser la situation dans laquelle il a plongé le pays en une décennie, le pouvoir central tente un dernier recours, en désespoir de cause.
Une machine devenue trop lourde ?
Pour comprendre cette situation, il faut sans doute regarder l’évolution du pays sur plusieurs décennies.
Au début des années 1980, la dette publique représentait environ 20 % du PIB français. Aujourd’hui, elle dépasse 115 %. Dans le même temps, les structures administratives se sont multipliées, les procédures se sont complexifiées et les niveaux de décision se sont empilés.
Chaque gouvernement promet régulièrement des simplifications. Pourtant, la machine continue de grossir.
Cette accumulation produit un effet paradoxal. Plus l’appareil d’État devient vaste, plus il semble difficile à réformer. Chaque tentative rencontre de nouvelles résistances. Chaque changement se heurte à une architecture administrative devenue extrêmement complexe.
Le risque est alors celui d’un système qui consacre une part croissante de son énergie à son propre fonctionnement.

Les grands ensembles ne sont pas éternels
Pendant longtemps, évoquer les difficultés structurelles de la France relevait presque du tabou.
Pourtant, l’Histoire européenne rappelle régulièrement qu’aucun modèle politique n’est immuable.
L’Union soviétique semblait solide peu avant sa disparition.
La Yougoslavie paraissait durable avant son éclatement.
Quant à la Tchécoslovaquie, sa séparation pacifique aurait semblé improbable quelques années plus tôt.
Il faut aussi regarder en ce moment le Royaume Uni …
La France n’est évidemment ni l’URSS ni la Yougoslavie. Les contextes sont totalement différents.
Cependant, ces exemples rappellent une réalité simple : les grands ensembles politiques, surtout les constructions artificielles et contraintes évoluent. Certains se transforment. D’autres se recomposent. Aucun n’est éternel.
La véritable erreur consiste souvent à croire qu’un système survivra indéfiniment parce qu’il existe depuis longtemps.
La Bretagne doit-elle réfléchir à son avenir ?
C’est ici que la question bretonne apparaît.
La Bretagne compte aujourd’hui plus de cinq millions d’habitants.
Sa population est comparable à celle de plusieurs États européens comme la Slovaquie, la Finlande ou la République d’Irlande.
Son économie représente également un poids considérable à l’échelle du continent.
Dès lors, une interrogation mérite d’être posée.
Si la France traverse une crise durable de son modèle politique, économique et administratif, la Bretagne doit-elle simplement attendre les décisions prises à Paris ?
Ou doit-elle réfléchir à davantage de responsabilités afin de mieux maîtriser son propre avenir ?
Cette réflexion n’est pas propre à la Bretagne.
En Écosse comme au Pays de Galles, les débats sur l’autonomie et la dévolution occupent une place croissante dans la vie publique. Partout en Europe, des nations historiques cherchent à rapprocher les centres de décision de leurs réalités locales.
La question n’est donc pas exceptionnelle. Elle s’inscrit dans une tendance plus large. C’est le sens de l’Histoire.
Une interrogation qui ne disparaîtra plus
La nomination de quatre économistes pourrait sembler n’être qu’un épisode administratif parmi d’autres.
Pourtant, elle révèle quelque chose de plus profond. Lorsqu’un État commence lui-même à chercher de nouveaux diagnostics pour comprendre sa trajectoire, c’est qu’un doute s’est installé.
La France conserve encore certains atouts.
Son économie reste importante mais décline rapidement.
L’influence internationale a perdu toute crédibilité en une décennie.
Son potentiel humain, scientifique et industriel reste important, mais les entrepreneurs n’entreprennent plus, ou le font à l’étranger.
Cependant, les chiffres sont désormais suffisamment préoccupants pour que le débat ne puisse plus être repoussé.
La question n’est peut-être plus de savoir si la France traverse une crise.
La véritable question est de savoir si cette crise reste réversible.
Et pour la Bretagne, une autre interrogation commence à émerger : faut-il attendre le résultat du diagnostic… ou commencer dès aujourd’hui à préparer l’après ?
Luc’hskeudenn bennañ gant / Photo principale par NHU Bretagne

2 commentaires
Le redressement de comptes passera par une purge financière à quelle hauteur ?
L’état devra le faire dès 2028 . Mais , l’économie s’en remettra-t-elle sur le moyen terme ?
Les ménages et surtout les classes moyennes verront leur situation se dégrader encore davantage .
En 1980 le revenu moyen d’un américain est de moitié de celui d’un français ; proportion inversée de nos jours .
La France fabrique de surcroît de la pauvreté + de 10 millions de personnes sous un niveau de vie convenable .
C’est une dégringolade continue , une minorité s’enrichit 12°/° .
çà paraît insoluble tant les problème socio- économiques sont nombreux .
La dignité des individus passe par le travail et non une société totalement socialisée , mais la question posée quel travail ou emploi peut-on proposer face à l’avancée technologique ?
L’Ia va faire des dégâts certains . Est-ce la Fin du travail évoquée par Rijkins Jérémy ?
En tous les cas , ce ne sera plus une question de démographie , car la consommation de produits essentiellement importés a soutenu le taux de croissance très faible jusqu’à présent mais ce système va se tarir en Europe faute de revenus conséquents …..ex de mal- logés , zones rurales abandonnées par l’état , de gens qui ont rompus dans les villes avec le travail , l’école , le prix de l’énergie qui dérape ect ….
Je suis perplexe …Je me demande si les candidats à l’élection présidentielles sont décidés à prendre les problèmes réels et les traiter . Sans compter la drogue , la violence qui pourrissent ce pays hélas .
Quels remèdes ?
Me zo hanter-gabilat met biken e vin gall !