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Naufrage en Bretagne : la tragédie de Lothey, 77 victimes en 1693

de Rémy PENNEG
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Le 27 Juillet 1693, un bac à passagers chavire sur la rivière Ster Aon (« l’Aulne » en langue française), près de Lothey / Lotei, en Cornouaille.
En quelques instants, 77 personnes, dont de nombreux enfants, trouvent la mort lors d’une traversée d’une cinquantaine de mètres. Plus de trois siècles après les faits, le naufrage de Lothey demeure l’une des plus grandes tragédies fluviales de l’histoire de la Bretagne et l’un des événements les plus marquants de la mémoire locale.

Une grande procession religieuse en Cornouaille

Le 27 juillet 1693, la paroisse de Lothey / Lotei, en Cornouaille, vit au rythme d’une importante procession religieuse. À cette époque, ces célébrations constituent de véritables événements populaires. Elles rassemblent des centaines de personnes venues parfois de plusieurs kilomètres à la ronde.

Les habitants des paroisses voisines convergent vers Lothey pour assister aux cérémonies.
Parmi eux figurent de nombreuses familles de Pleyben / Pleiben, située sur l’autre rive du Ster Aon, aujourd’hui connu sous le nom d’Aulne. Les fêtes se déroulent dans une atmosphère joyeuse et attirent aussi bien les adultes que les enfants.

À la fin de la journée, chacun reprend le chemin du retour.
Cependant, franchir la rivière n’est pas aussi simple qu’aujourd’hui. Les ponts sont rares et les habitants doivent utiliser un bac pour rejoindre l’autre rive. Sans le savoir, plusieurs dizaines d’entre eux s’apprêtent à vivre l’une des plus grandes tragédies de l’histoire locale.

Comment le naufrage s’est-il produit ?

À la fin du XVIIᵉ siècle, le Ster Aon constitue un véritable obstacle entre les deux rives. La rivière n’a pas encore été intégrée au futur canal de Nantes à Brest et les moyens de franchissement restent limités. Le bac reliant Lothey / Lotei à Pleiben est alors indispensable à la vie quotidienne.

Au niveau du Maner Koz de Tresiguidy / Tregidi, les voyageurs embarquent pour une traversée d’à peine une cinquantaine de mètres. Le terrain est relativement plat du côté de Lothey / Lotei, tandis que la rive opposée s’élève rapidement vers le plateau où se trouvent les habitations de Pleiben.

Selon les documents historiques parvenus jusqu’à nous, le passeur aurait embarqué trop de passagers lors de l’une des dernières traversées de la journée. Une autre hypothèse évoque des mouvements brusques des voyageurs, encore « enthousiasmés » par les festivités.
Quelle qu’en soit la cause exacte, l’embarcation chavire brutalement au milieu de la rivière.

En quelques secondes, plusieurs dizaines de personnes sont précipitées dans l’eau. À cette époque, savoir nager est exceptionnel. Ce qui aurait pu n’être qu’un simple accident devient alors une catastrophe humaine.

naufrage Bretagne
Monument de commémoration du naufrage le long de la rivière – Photo NHU Bretagne

Soixante-dix-sept victimes en quelques instants

Le chavirement du bac plonge ses occupants dans les eaux du Ster Aon.
La traversée est courte, mais le drame est immédiat. À la fin du XVIIᵉ siècle, très peu de personnes savent nager. Les vêtements, lourds une fois gorgés d’eau, rendent toute tentative de survie encore plus difficile.

Le bilan est terrible.
Les archives font état de 77 victimes, parmi lesquelles de nombreux enfants et jeunes gens. En quelques instants, plusieurs familles perdent un ou plusieurs de leurs proches. Pour cette petite communauté rurale, le choc est immense et laissera une empreinte durable dans les mémoires.

Une tradition locale rapporte toutefois un geste héroïque.
Le chien de la ferme voisine de Verouri serait parvenu à sauver trois personnes de la noyade, dont son propre maître. Qu’elle relève du témoignage ou de la mémoire populaire, cette histoire fait désormais partie du récit transmis de génération en génération.

Une mémoire toujours présente à Lotei

Après la catastrophe, les habitants tiennent à préserver le souvenir des disparus. Une croix de bois peinte en rouge sang est alors érigée entre le lieu du naufrage et Pleyben / Pleiben. Ce monument donne son nom au lieu-dit Kroaz Ru, qui signifie Croix Rouge en breton.

La croix d’origine a disparu depuis longtemps. En revanche, le souvenir du drame demeure bien vivant. Un monument commémoratif rappelle aujourd’hui cette tragédie survenue au bord de l’Aulne / Ster Aon. Il invite les visiteurs à découvrir un épisode méconnu de l’histoire bretonne, dont les conséquences ont marqué durablement les habitants de cette partie de la Cornouaille.

Plus de trois siècles après les faits, le naufrage de Lotei reste l’un des événements les plus marquants de la mémoire locale. Il rappelle qu’un simple passage de rivière pouvait autrefois bouleverser la vie de tout un pays.

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et le détail de la plaque commémorative de ce tragique naufrage

Pourquoi le naufrage de Lothey reste t-il célèbre ?

La Bretagne a connu de nombreux naufrages maritimes au cours de son histoire.
Pourtant, celui de Lothey occupe une place particulière. Il ne s’est pas produit en pleine mer, mais sur une rivière que les habitants traversaient quotidiennement. Cette proximité rend le drame encore plus frappant.

Le nombre de victimes explique également la place de cette catastrophe dans la mémoire bretonne.
Perdre 77 personnes, dont de nombreux enfants, lors d’une traversée d’une cinquantaine de mètres seulement, constitue un événement exceptionnel pour la fin du XVIIᵉ siècle. À l’échelle des paroisses concernées, les conséquences humaines furent considérables.

Aujourd’hui encore, cette tragédie rappelle les difficultés de déplacement avant la construction des ponts modernes et du canal de Nantes à Brest. Elle témoigne aussi de la fragilité de la vie quotidienne à une époque où le moindre franchissement de rivière pouvait tourner au drame.

Peut-on encore découvrir le lieu du naufrage ?

Le site du naufrage est toujours visible à Lothey / Lotei, dans le Finistère.
Les paysages ont naturellement évolué depuis 1693, mais le méandre de l’Aulne / Ster Aon conserve une grande partie de son caractère. Il est ainsi possible d’imaginer les conditions dans lesquelles les habitants rejoignaient autrefois l’autre rive.

Un monument commémoratif rappelle aujourd’hui la catastrophe et rend hommage aux victimes.
Le lieu-dit Kroaz Ru perpétue également le souvenir de la croix rouge érigée après le drame. Pour les passionnés d’histoire bretonne, cette halte permet de découvrir un épisode méconnu, mais profondément ancré dans la mémoire de la Cornouaille.

Plus de trois siècles après les faits, le naufrage de Loteidemeure l’une des tragédies les plus marquantes de l’histoire de la Cornouaille. Derrière les chiffres se cachent des familles, des destins brisés et une mémoire que les habitants ont choisi de transmettre jusqu’à aujourd’hui. C’est aussi pour préserver ces récits que NHU Bretagne continue de faire vivre l’histoire de la Bretagne.

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Photos NHU Bretagne libres de droits

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