Râle des genêts en Bretagne

Râle des genêts, un oiseau a disparu en Bretagne

de Stéphane BROUSSE
8 minutes lire

Le Râle des genêts ne niche plus en Bretagne.

Chronique d’une disparition annoncée

C’est officiel ou presque. Le Râle des genêts (Crex crex) ne niche plus en Bretagne !
Même si rien n’est avéré après deux années de recherche la LPO Ligue de Protection des Oiseaux a déclaré en septembre 2026 la disparition du Râle des genêts en Bretagne.
Son chant étrange Krix – Krix – Krix ne résonnera plus aux environs des prairies humides durant les longues et belles soirées estivales. Bref retour sur le funeste destin du Râle des genêts en Bretagne.

Éléments biométriques

Taille : 25 à 30 centimètres
Poids : 150 à 250 grammes
Longévité : trois ans en moyenne mais six ans maximum
Maturité sexuelle : un an

Étymologie

Crex crex sa désignation binomiale évoque son chant.
Râle : vient de son chant triste évoquant vaguement un râle.
Genêts : durant ses haltes migratoires, le râle était observé autrefois au sein des landes à genêts. Ces formations végétales ayant notablement régressé, cet oiseau est plus souvent observé dans les prairies de fauches ou les prairies alluviales. Le Râle des genêts est parfois surnommé le roi des cailles (King of herbs ou Corn crake en anglais)  car une légende prétendait qu’il était le chef des cailles, les guidant dans leurs migrations, et les protégeant durant les nidifications. Crake atteste de sa proximité avec les marouettes et entre autres la Marouette ponctuée  – (Porzana porzana) parfois présente dans les zones humides en Bretagne lors des migrations.  

Distribution et biotope du Râle des genêts

Le Râle des genêts niche depuis la Sibérie jusqu’à  la France, et, il y a peu encore, en Bretagne. Des populations sont encore bien présentes en Russie et en Ukraine, en Pologne et dans les Pays Baltes. En août et en septembre, le petit rallidé quitte ces zones de reproduction pour hiverner, soit dans des zones européennes plus méridionales, soit au cœur des savanes africaines.  
Ses  biotopes ordinaires sont les plaines et les vallées alluviales mais aussi les prairies naturelles, et parfois, les prairies d’altitude jusqu’à 2000 mètres. Le discret oiseau s’est adapté bon gré mal gré aux évolutions  aux évolutions agricoles. Il sera ainsi retrouvé dans  les champs de luzernes, de colza, de blés et autres céréales.  

Portrait en comportement

Ordre : gruiforme 
Famille : rallidé

Le Râle des genêts peut être confondu avec une Perdrix grise (Perdix perdix) ou encore le Râle des prés (Crecopsis egregia) qui peut partager des biotopes identiques.  Son dos qui tire du beige au fauve est strié ou ponctué de noir. Le ventre et le jabot sont gris bleuté, gris ardoise, ou gris perle. Ses pattes beiges rosées assez longues et son bec est relativement puissant. On ne note pas de dimorphisme sexuel marqué. Le plumage du mâle est toutefois plus soutenu.

Le Râle des genêts est un oiseau particulièrement farouche qui ne se déplace que parmi les herbes hautes. Les mâles sont parfois observés lorsque la lumière décline rejoignant leurs poste de chants, un rocher, une racine, un tertre … Ils  s’y tiendront jusqu’aux  environs de deux ou trois heures du matin en émettant cette étrange mélopée Krix – Krix – Krix … évoquant plus les  stridulations d’un insecte, que le  chant d’un oiseau.

Le Râle des genêts est un migrateur partiel dans les zone occidentales. Dans les zones les plus septentrionales et orientales, il quitte les aires de reproduction pour des cieux mieux dotés en nourriture. En France et en Bretagne, l’oiseau est sédentaire. Il est rejoint en octobre – novembre par des individus en provenance  du nord ou de l’est de l’Europe où les hivers sont nettement plu rigoureux.

Régime alimentaire

Le Râle des genêts est un omnivore et un opportuniste.
On retrouvera dans son régime alimentaire une multitude de mets : des insectes en priorité (coléoptères, orthoptères, lépidoptères …) gastéropodes et mollusques ensuite, des batraciens à l’occasion, parfois des oisillons ou des micromammifères juvéniles. Lors des périodes de reproduction il ajoute à ce menu déjà diversifié les graines de divers végétaux.

Reproduction et nidification

La première période  de reproduction débute entre la mi – mai et la mi – juin. Une seconde aura lieu à partir de la mi – juillet.  La femelle dépose à même le sol dans une cuvette garnie de quelques végétaux une dizaine d’œufs. La durée d’incubation est de quinze à vingt jours. Les poussins recouverts d’un duvet noir sont nidifuges (1) et la femelle veille sur sa portée tandis que le mâle reprend ses chants afin de féconder une autre femelle. Le taux de survie inter – annuel est de 20 à 30% (sources LPO).

Dynamique des populations

Très présent il y a encore quatre décennies, le Râle des genêts a vu ses population décroitre de manière drastique tant en France qu’en Bretagne. Dans les années 80, on comptait quelques milliers de mâles chanteurs en France. En 2010, une étude révèle qu’ils ne sont plus que quelques centaines. Les premiers dispositifs de protection sont mis en place dans les années 90 mettant un frein temporaire à cet effondrement démographique. Quelques chiffres issus du ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie avance au niveau de la France :

2012 : 400 mâles chanteurs
2014 : 250 mâles chanteurs
2017 : 100 mâles chanteurs

Les derniers bastions sérieux de reproduction se trouveraient dans la vallée de la Loire, en Anjou et en Touraine, ainsi que dans le Val de Saône et le Val de Meuse. En un peu plus de quarante ans, une diminution de 90% des effectifs place donc le Râle des genêts au bord de l’extinction. Son statut UICN – France le classe aujourd’hui en DANGER sur la liste rouge des espèces menacées.

Qu’en est-il en Bretagne du Râle des genêts ?

Le Râle  des genêts étaient autrefois présent sur tous les départements bretons. Cependant, de longue date, les naturalistes ont remarqué un effondrement des populations liés aux nouvelles pratiques agricoles après la seconde guerre mondiale. Certains ornithologues subodoraient depuis quelques années la disparition du timide oiseau en Bretagne. Durant deux années – 2025 & 2026 – bénévoles et salariés de la LPO ont donc prospecté dans des zones connues pour la présence du discret rallidé : basse vallée de la Vilaine, Rance côté Ille et Vilaine et marais de Curnic à Guissény / Gwiseni en Finistère. 41 points d’écoute ont été sélectionnés et équipés d’enregistreurs fonctionnant du coucher au lever du soleil. Aucun enregistrement n’a été effectué durant ces deux années de prospection. Un mince espoir demeure cependant car un individu équipé d’une balise GPS dans les vallées angevines a traversé l’année dernière la Bretagne. 

Causes de la disparition ?

La raréfaction, puis la disparition du Râle des genêts en Bretagne, serait due à une intensification des pratiques agricoles conduisant à un assèchement de prairies humides associé à une destruction des prairies naturelles à hauteur de 73% entre 1970 et 2010. Par ailleurs, Corentin Morvan, chargé d’études à la LPO avance que les fauches pratiquées de plus en plus tôt, et parfois à plusieurs reprises, ont conduit à la destruction des nids, des œufs et des oisillons. Il y a fort à parier, mais nous n’avons retrouvé aucune source, que la succession des inondations  et des canicules récentes ne sont pas sans incidences sur la reproduction la ponte et la survie des poussins.

Face à cette situation fort préoccupante, un plan d’action national (2023 – 2032)  a donc  été mis en œuvre. Il est consultable en ligne sur le site de la LPO. Il propose entre autres  un retard de 30 jours des fauches  et une délimitation de zones refuges en bordures des prairies ainsi qu’une restauration de certaines prairies humides.

Conclusion 

Une nouvelle espèce a disparu des paysages bretons : le Râle des genêts. Une espèce dite parapluie. Rappelons ici quelques chiffres inquiétants. Selon Bretagne Vivante, 43% des espèces d’oiseaux sont menacées ou quasi-menacées. Seize espèces nicheuses sont d’ores et déjà considérées comme éteintes. Le Râle des genêts espèce dite parapluie (2)  peut faire craindre la disparition de nombreuses autres espèces ayant des besoins similaires. Achevons enfin ce triste article sur une note positive. Durant ces deux années de prospection, la LPO lors de campagnes de prospection sur les prairies humides de la Vilaine aux environs de Redon a enregistré 6400 données sonores permettant de répertorier 92 espèces la première année et 97 espèces la seconde année.

Lexique

  • (1) Nidifuge :  oisillon quittant le nid peu après son éclosion. Antonyme = nidicole
  • (2) Espèce parapluie : espèce animale dont le milieu doit être sauvegardé afin que soient conservés d’autres espèces

Références

Écoutez l’étrange chant du Râle des genêts 

Images

Carte de répartition : Hercé et al – 2024
Image 1 : © Mikolaj Rovicki
Image 2 : © Martin Vondra
Image3 :  Lukas Sobotta

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1 commentaire

Kristen 14 octobre 2026 - 22h29

Ur bez hep anv a vefe spontus …
– Hervez devri.bzh,  »râle des genêts » a zo Rakig e brezhoneg ; anv gourel, liester rakiged.
Ul liamm marteze gant ar verb rakat a dalv  »coasser », ha rakañ a dalv  »racler », gant rakadenn  »coassement », rakaj, … ?
– Hervez F. Favereau, Rasker-melchon + Savelleg + Luskeller
-N’eo ket ar Rakig-dour (Rallus aquaticus) meneget gant P. an Habask e  » Laboused ar stêrioù » al Lanv 1997.
Spi am eus memestra e teuio ar rakig-se e Breizh en-dro !

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