Nuit de la gavotte Poullaouen 2026

Gavé(e) de gavotte ? Jamais !

de Rémy PENNEG
13 minutes lire

Gavotte bretonne : histoire, variantes et Nuit de la Gavotte 2026

La gavotte est sans doute l’une des danses les plus emblématiques de Bretagne.
Pourtant, parler de « la gavotte » est déjà un raccourci. Il existe en réalité toute une famille de gavottes bretonnes. Elles possèdent des pas, des formes et des caractères différents selon les pays. Gavotte des Montagnes, Fisel, Kost ar c’hoad, Pourlet, Glazig, Bigouden ou Aven : chacune raconte une Bretagne particulière.

Surtout, la gavotte n’a rien d’un vestige folklorique.
Elle se danse encore. Dans les festoù-noz, les festoù-deiz, les stages, les concours ou simplement pour le plaisir de rejoindre une chaîne. Des débutants apprennent toujours en regardant les autres. plus loin, des enfants dansent avec leurs parents. Des chanteurs et des sonneurs continuent à faire tourner des salles entières.
Et chaque année, Poullaouen lui consacre un rendez-vous devenu incontournable : la Nuit de la Gavotte, dont la 36e édition se déroulera les 18 et 19 Septembre 2026.

La gavotte bretonne : une danse ou une famille de danses ?

Il serait plus juste de parler des gavottes bretonnes.
L’Inventaire du patrimoine culturel immatériel les définit comme une famille de danses traditionnelles issue du répertoire de Bretagne occidentale. Historiquement, elles étaient principalement pratiquées à l’ouest d’une ligne allant de Saint Brieuc / Sant-Brieg à Vannes / Gwened.

Toutes ne se dansent d’ailleurs pas de la même manière.
Certaines forment une ronde fermée. D’autres utilisent une chaîne ouverte ou une chaîne qui alterne les deux formes. Ailleurs, les danseurs évoluent par quatre ou par couples, parfois en cortège.
Cependant, un air de famille demeure.
L’ethnologue Jean Michel Guilcher a montré que ces multiples formes semblent provenir d’une souche commune. La ronde pourrait avoir constitué cette forme initiale. Puis, au fil des générations, chaque pays a façonné sa manière de danser. C’est précisément cette diversité qui fait la richesse de la gavotte.

Elle illustre aussi ce que nous évoquions déjà dans Danse bretonne, la communion d’un peuple : une danse traditionnelle n’est jamais seulement une succession de pas. Elle exprime également une façon d’être ensemble.

Entrer dans la ronde : gavotte jusqu’à la transe

Matin, midi et soir, gavottes et gavottes, à s’en péter les varices !
Car si vous n’avez jamais vu une Nuit de la Gavotte, difficile d’imaginer ce qui peut se produire lorsque la musique, les pas et la ronde finissent par ne plus former qu’un seul mouvement.
Alors, observons.
Pourquoi des femmes et des hommes continuent-ils à danser pendant plusieurs minutes en répétant presque inlassablement le même enchaînement ?
Pourquoi certains ferment-ils les yeux ?
Et pourquoi ce léger sourire apparaît-il parfois sur les visages ?
Pourquoi peut-on éprouver cette sensation étrange que le groupe entier respire au même rythme ?

Un pied frappe le plancher. Puis cent autres.
La chaîne avance. Les bras suivent le mouvement. Les voix du kan ha diskan se répondent. Le son de la bombarde traverse la salle. Après quelques minutes, chacun cesse presque d’être un danseur isolé.
Il devient un maillon. Un peuple, une âme.
C’est peut-être là que réside une partie du secret de la gavotte.
La répétition n’est pas monotonie. Elle crée au contraire une pulsation collective. Chacun conserve sa manière de danser, mais personne ne danse réellement seul.
Et lorsque cette mécanique humaine fonctionne, il devient inutile de chercher très longtemps pourquoi certains recommencent encore une gavotte après avoir juré que la précédente serait la dernière.

Dañs tro et gavotte : d’où viennent ces noms ?

Une confusion revient régulièrement lorsqu’on raconte l’histoire de cette danse.
Non, le mot français « gavotte » ne vient pas du breton dañs tro.

En revanche, Dañs-tro ou Dañs a dro figuraient parmi les appellations les plus courantes en Bretagne occidentale avant la Seconde Guerre mondiale. On pourrait les traduire en langue française par « danse en rond » ou « danse qui tourne« .
D’autres noms existaient selon les pays et les usages : Dañs Kerne, Dañs hir, fest dañs ou encore Dañs a ruz.

Le terme générique « gavotte » ne s’impose que relativement tardivement, notamment à partir de la fin du XIXe siècle.
Il est emprunté au vocabulaire français de la danse de l’Ancien Régime. Toutefois, aucun lien direct ne peut être établi entre les gavottes de Bretagne que nous connaissons aujourd’hui et la gavotte pratiquée autrefois dans la société française. Même l’origine de cette nouvelle appellation reste incertaine.
Le plus important est donc ailleurs.

Comment danse t-on une gavotte ?

Voilà une question à laquelle il est impossible de répondre avec un seul schéma.
Néanmoins, plusieurs caractéristiques permettent de reconnaître cette famille de danses.

Ronde, chaîne, quadrette ou cortège

La ronde fermée reste l’image la plus immédiatement associée à la gavotte. Elle n’est pourtant qu’une possibilité. On rencontre également des chaînes ouvertes, des chaînes mixtes et des groupes plus courts. Dans le pays de l’Aven, par exemple, deux couples peuvent former une quadrette. En pays Glazig ou Bigouden, la danse peut s’organiser en cortège de couples.
Cette diversité rappelle combien les pratiques locales ont longtemps compté. Les pas ne sont pas descendus d’un manuel unique : ils ont vécu dans des communautés humaines.
C’est également ce qui explique la richesse des costumes et des formes chorégraphiques présentées aujourd’hui par les ensembles bretons.
Le travail des Eostiged ar Stangala autour du costume et de la culture Glazig en offre une belle illustration.

Un pas construit sur huit temps

Malgré les variantes, le pas de gavotte repose généralement sur une phrase de huit temps. Dans les rondes et les chaînes, la progression s’effectue vers la gauche. Dans les formes en cortège, elle se fait vers l’avant. Cependant, le moment où intervient la subdivision du pas varie.
Et c’est là que tout change.
Une légère modification des appuis suffit à transformer l’allure générale de la danse. Certains pas semblent glisser. D’autres rebondissent davantage. Certains demandent une grande sobriété, tandis que d’autres autorisent plus de virtuosité.

Ainsi, apprendre « le pas de gavotte » ne signifie pas que l’on sait danser toutes les gavottes. Heureusement. Sinon, ce serait beaucoup moins amusant.

Ton simple, tamm kreiz et ton double : pas partout

Autre idée à nuancer : toutes les gavottes ne suivent pas obligatoirement une suite identique en trois parties.
La gavotte des Montagnes, notamment autour de Poullaouen, An Uhelgoad et Skrigneg / Scrignac, comprend bien une suite de trois rondes. Le tamm kreiz, placé au milieu, introduit une autre respiration.
Mais d’autres gavottes fonctionnent différemment.
Certaines n’ont qu’une seule partie. D’autres peuvent être prolongées par un bal à deux, à quatre ou à huit. Ailleurs encore apparaît le jabadao.
Une fois de plus, la diversité l’emporte sur le modèle unique.

Montagne, Fisel, Pourlet, Aven : les grandes familles de gavottes

Impossible de toutes les détailler ici.
Quelques exemples permettent cependant de mesurer l’étendue des différences.

GavottePays principalQuelques caractéristiques
MontagneCarhaix / Karaez, An Uhelgoag, Poullaouen, SkrignegRonde fermée et suite en trois parties
FiselRostrenen / Rostrenn, Mël Karaez et environsRonde fermée, pas marqué par l’élan
Kost ar c’hoadGwareg, Plélauff / Plelann, Perred, Sainte Brigitte / Berc’hedUne seule partie, croisements caractéristiques des pieds
PourletGuémené sur Scorff / Ar Gemeneet environsChaîne mixte, avec le fameux « décrotté » masculin
GlazigKemper et environsDanse par couples et en cortège
BigoudenPont l’Abbé / Pont n’Abad et pays BigoudenCortège de couples, pas de progression glissé
AvenPont Aven, Concarneau / Konk Kerne, RospordenChaîne ouverte composée de quadrettes

La gavotte des Montagnes occupe une place particulière dans l’imaginaire contemporain. Elle reste fortement associée au Kreiz Breizh et, bien sûr, à Poullaouen.
Ce paysage culturel appartient à une Bretagne intérieure que nous avons également parcourue à travers les Montagnes sacrées de Bretagne.
La Fisel possède une autre énergie. La subdivision du pas intervient différemment et donne à la danse son élan caractéristique.

Plus au sud, les pratiques changent encore.
La Pourlet se reconnaît notamment au spectaculaire « décrotté », un saut vertical effectué par les hommes. La Glazig adopte le cortège de couples. La gavotte de l’Aven se danse notamment en quadrettes.
Ainsi, quelques dizaines de kilomètres peuvent suffire pour changer la manière de poser les pieds, de se tenir ou de progresser.
La gavotte raconte aussi cette Bretagne-là : celle des pays.

Kan ha diskan, biniou et bombarde : une musique faite pour danser

Impossible de comprendre la gavotte en regardant uniquement les pieds.
Il faut écouter.
Le kan ha diskan occupe une place majeure dans son accompagnement. Deux chanteurs se répondent. Le second reprend la fin de la phrase du premier avant de poursuivre à son tour.

Ainsi, le chant ne s’interrompt presque jamais. La danse non plus.
Cette technique vocale accompagne notamment les gavottes et la dañs plinn. Elle s’est historiquement développée dans une large bande du Centre-Bretagne.
Mais les voix ne sont pas seules.
Le couple biniou-bombarde constitue un autre accompagnement emblématique. La cornemuse, la treujenn-gaol, nom breton donné à la clarinette traditionnelle, ainsi que l’accordéon ont également trouvé leur place.

Puis les musiciens ont continué d’inventer.
Des formations contemporaines mêlent désormais instruments traditionnels, guitare, basse, percussions ou influences venues d’autres musiques.
Et pourtant, la fonction essentielle demeure la même : faire danser.
Voilà sans doute l’un des meilleurs signes de vitalité d’une culture. Elle n’a pas besoin de rester identique pour rester elle-même.

Du monde rural au fest-noz : comment la gavotte s’est transmise

Autrefois, on n’apprenait généralement pas la gavotte dans un cours. On regardait.
Les enfants observaient les adultes. Les moins expérimentés imitaient ceux qui savaient. On entrait dans la danse, on se trompait, puis on recommençait. Cette transmission par imprégnation n’a d’ailleurs pas disparu.
Aujourd’hui encore, beaucoup de débutants apprennent directement en fest-noz. Ils se placent entre des danseurs plus expérimentés et tentent de suivre leurs pas.

En parallèle, la transmission s’est structurée. Associations, écoles de musique, cercles, chanteurs, sonneurs et danseurs proposent désormais cours et stages. Ils permettent notamment d’approfondir les particularités d’une gavotte précise.
Le fest-noz reste cependant irremplaçable. Il ne met pas la tradition sous cloche. Il lui donne un plancher. Plus de mille fest-noz sont organisés chaque année en Bretagne selon Tamm Kreiz. Dans le centre du pays, la gavotte conserve une présence particulièrement forte.

C’est pourquoi la danse bretonne reste cette étonnante communion d’un peuple dont la gavotte offre probablement l’une des expressions les plus puissantes.

Pourquoi la gavotte fonctionne-t-elle encore en 2026 ?

Voilà peut-être la question la plus intéressante.
Pourquoi une danse issue d’une société rurale profondément transformée continue-t-elle à attirer des danseurs au XXIe siècle ?

Parce qu’elle est simple ? Pas toujours.
Parce qu’elle est ancienne ? Cela ne suffit évidemment pas.

La gavotte possède surtout une qualité devenue presque singulière : elle oblige à faire ensemble.
On donne sa main ou son petit doigt, et on prend le rythme du voisin. On accepte d’entrer dans un mouvement qui existait avant soi et qui continuera après. Dans un monde où chacun regarde son écran, la gavotte demande de regarder, d’écouter et de sentir les autres.

Elle permet aussi une chose rare : mélanger les générations sans devoir l’organiser.
Un jeune de vingt ans peut danser à côté d’une femme de soixante-dix ans. Un débutant peut rejoindre une chaîne d’habitués. Personne ne lui demande son niveau avant de lui tendre la main.
Bien sûr, les pratiques évoluent.
Les musiques changent. Les interprétations changent. Les façons d’apprendre changent. Mais le principe résiste : quelques personnes se relient et avancent ensemble.
Peut-être ne faut-il pas chercher beaucoup plus loin.

Nuit de la Gavotte 2026 : rendez-vous à Poullaouen les 18 et 19 septembre

En 2026, Poullaouen redeviendra pendant deux jours l’un des grands centres de la danse traditionnelle bretonne.
La 36e Nuit de la Gavotte / Nozvezh ar Gavotenn se déroulera les Vendredi 18 et Samedi 19 Septembre 2026.

L’association Dañs-Tro, organisatrice de l’événement, œuvre à la transmission des traditions orales de Poullaouen et de sa région.

Vendredi 18 septembre : une soirée autour d’Erik Marchand

L’édition 2026 commencera à 20:30 par une soirée cinéma gratuite. Elle prendra cette année une dimension particulière.
Moins d’un an après la disparition d’Erik Marchand, deux films permettront de revenir sur le parcours du chanteur, musicien et infatigable explorateur des musiques populaires.
Le premier est un entretien réalisé en 2021 par Giuseppe De Vecchi. Le second, La Voie Roumaine d’Erik Marchand, réalisé par Gaby Kerdoncuff en 2025, évoque notamment l’un des grands ponts musicaux construits par Erik Marchand au cours de sa vie.
Des archives inédites de Nicole et Michel Sohier compléteront la soirée.

Samedi 19 septembre : apprendre avant de danser

La journée du Samedi commencera dès le matin par plusieurs stages.
Au programme : kan ha diskan, gavottes des Montagnes, biniou-bombarde, treujenn-gaol, accordéon et percussions.
Le stage de danse sera assuré par Julien Rolland. Il permettra d’apprendre différents pas des gavottes des Montagnes.
Une belle manière de rappeler que la Nuit de la Gavotte n’est pas uniquement un grand fest-noz.
Elle est aussi un lieu de transmission.

Conférence, concerts puis Fest-Noz Vras

À 16:, une conférence reviendra sur la grève des femmes de la mine de Poullaouen en 1767, avec Vincent Daumas. La discussion s’élargira ensuite aux combats des femmes en Bretagne, notamment avec Nicole Le Garrec et Anna Quéré.
La musique reprendra ensuite ses droits.:
Les Américains du Désert se produiront gratuitement sous le chapiteau à 17:15. Le groupe Mouk suivra à 18:15.

À 19:00 le festig-noz des stagiaires permettra d’entendre et de danser les airs travaillés pendant la journée.
Puis, à 20 h 30, place au Fest-Noz Vras. Quéré-Le Menn, Toscer-Puillandre, Cornec-Treboal ou encore Flouret-Irvoas figurent parmi les chanteurs annoncés. Plusieurs couples de sonneurs et duos complèteront cette longue soirée.
Et les crêpes seront également au rendez-vous. Évidemment.

Programme complet de la Nuit de la Gavotte 2026 et inscriptions aux stages.

La gavotte n’est pas seulement une danse

Une ronde commence. Quelques personnes se donnent la main. D’autres arrivent. La chaîne s’allonge.
Les chanteurs commencent. Puis les pieds trouvent le rythme.
Voilà peut-être pourquoi la gavotte traverse aussi bien le temps.
Elle n’est pas vivante parce qu’elle est ancienne. Elle n’est pas vivante parce qu’un inventaire patrimonial la décrit. Elle ne l’est même pas parce que nous écrivons des articles à son sujet.

Elle est vivante parce que quelqu’un la transmet et que quelqu’un d’autre a encore envie de la danser.

De Poullaouen à Rostrenen / Rostrenn, de Kemper au pays de l’Aven, les formes changent. Les générations aussi.
Mais la chaîne ne s’est pas rompue.
Alors, dans quelques, à Poullaouen, il suffira encore de tendre la main.
Et d’entrer dans la ronde.

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2 commentaires

Anne Merrien 12 septembre 2025 - 12h43

Gavotte : du provençal gavoto, dérivé de Gavot, habitant de la partie montagneuse de la Provence, peut-être d’origine gauloise (gaba : gorge, goître)

Répondre
Erig Pagan 2 septembre 2026 - 17h22

La gavotte, c’est aussi l’art de chanter sur 8 temps des vers de 13 pieds… et ça c’est unique !
Essayez : Kentañ ‘m oa bet an enor da weled ma fleurenn…

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