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Symboles bretons : les emblèmes qui racontent la Bretagne

de NHU Bretagne
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Sommaire

Symboles bretons

Il suffit parfois de quelques secondes pour reconnaître la Bretagne.
Neuf bandes noires et blanches flottant au-dessus d’une foule, une moucheture d’hermine sur un autocollant, un triskell porté autour du cou ou trois simples lettres : BZH.
Nul besoin d’écrire le nom de la Bretagne : chacun comprend.

Peu de nations européennes sans État disposent d’un ensemble de symboles aussi immédiatement identifiables.
Surtout, ces signes ne sont pas restés confinés aux musées ou aux livres d’Histoire. Ils vivent dans les rues, les stades et les festivals, sur les bateaux, les vêtements et les voitures. Désormais, ils occupent aussi l’espace numérique.
Pourtant, tous les symboles bretons n’ont ni le même âge ni la même histoire.
L’hermine plonge ses racines dans la Bretagne ducale, tandis que la Kroaz Du nous ramène au Moyen Âge. Le Bro Gozh Ma Zadoù apparaît au tournant du XXe siècle et le célèbre Gwenn ha Du n’a, lui, qu’un siècle.

Quant au triskell ou aux trois lettres BZH, leur formidable diffusion comme signes de reconnaissance bretons est encore plus récente.
Certains symboles ont donc traversé les siècles, d’autres ont été réinventés. Quelques-uns sont devenus bretons par l’usage et l’appropriation populaire.

Comment des signes apparus à des époques aussi différentes ont-ils fini par raconter ensemble une même Bretagne ?

Symbole breton : l’hermine

L’hermine : le plus ancien des grands symboles bretons

Avant le Gwenn ha Du, avant le triskell et bien avant les autocollants BZH, il y eut l’hermine.
Elle reste aujourd’hui omniprésente : on la retrouve sur le drapeau breton, dans les armoiries de nombreuses communes, sur des bâtiments, des logos, des maillots ou des objets du quotidien.
Elle est devenue si familière qu’on en oublierait presque son origine médiévale. Pourtant, c’est bien dans l’histoire du duché de Bretagne qu’il faut rechercher les origines de cet emblème.

De Pierre de Dreux à l’hermine plain

L’histoire commence au XIIIe siècle avec Pierre de Dreux, dit Pierre Mauclerc, devenu Duc de Bretagne par son mariage avec Alix de Thouars. Issu de la maison capétienne de Dreux, Pierre porte des armes dérivées de celles de sa famille auxquelles est ajouté un quartier d’hermine.
À ce stade, l’hermine n’est donc pas encore à elle seule le blason de la Bretagne. Un changement majeur intervient au XIVe siècle lorsque le duc Jean III abandonne les anciennes armes de Dreux et adopte un blason beaucoup plus simple : d’hermine plain, c’est-à-dire un champ entièrement couvert de mouchetures d’hermine.
La Bretagne possède désormais un emblème héraldique immédiatement reconnaissable. Il traversera les siècles.

Animal, fourrure et moucheture : de quelle hermine parle-t-on ?

Une précision permet d’éviter une confusion très fréquente. L’hermine est d’abord un animal, Mustela erminea, petit mammifère dont le pelage peut devenir blanc en hiver, à l’exception de l’extrémité noire de sa queue.
Dans l’héraldique médiévale, le mot désigne également une fourrure. Les peaux blanches étaient assemblées et ornées des extrémités noires des queues. Leur représentation graphique stylisée a donné naissance à ce que nous appelons aujourd’hui la moucheture d’hermine.

Le petit signe noir visible sur le Gwenn ha Du ne représente donc pas un animal entier, mais une représentation héraldique stylisée de sa fourrure. Cette distinction explique aussi pourquoi le nombre de mouchetures n’est pas, historiquement, ce qui définit les armes de Bretagne.
« D’hermine plain » désigne un semis d’hermines. Aucun nombre précis de mouchetures ne constitue à lui seul le symbole.

« Plutôt la mort que la souillure » : histoire ou légende ?

L’hermine bretonne est indissociable d’une histoire célèbre.
Poursuivi par des chasseurs, l’animal serait arrivé devant une mare boueuse. Plutôt que de salir son magnifique pelage blanc pour échapper à ses poursuivants, il aurait préféré se retourner et affronter la mort.
Anne de Bretagne, Duchesse en son pays, témoin de la scène selon l’une des versions, aurait alors ordonné qu’on épargne l’animal. L’image est magnifique et elle a profondément marqué l’imaginaire breton. Mais elle appartient à la légende.
Il faut notamment se garder d’en déduire qu’Anne de Bretagne aurait créé à cette occasion le symbole de l’hermine. Celui-ci était utilisé par les Ducs de Bretagne bien avant sa naissance.

La célèbre formule bretonne Kentoc’h mervel eget bezañ saotre (« Potius mori quam foedari  » en latin et « Plutôt la mort que la souillure » en langue française) ont renforcé cette association entre l’animal et une idée d’intégrité.

L’histoire et la légende se sont ainsi mêlées. C’est précisément ce mélange qui montre la puissance d’un symbole : l’hermine n’est plus seulement une figure héraldique médiévale. Elle est devenue porteuse d’un récit et d’une valeur.

La Kroaz Du, le drapeau médiéval de la Bretagne

Bien avant que les neuf bandes du Gwenn ha Du ne deviennent familières, un autre pavillon permettait d’identifier les Bretons : la Kroaz Du, littéralement la « croix noire » en langue française. Son dessin est d’une extrême simplicité : une croix noire sur fond blanc.
Cette sobriété la rapproche des nombreux pavillons à croix utilisés en Europe médiévale. Pourtant, derrière ce dessin très simple se cache une histoire beaucoup moins connue aujourd’hui que celle du Gwenn ha Du.

Une croix noire attestée au Moyen Âge

L’usage de la croix noire comme signe breton est attesté à la fin du Moyen Âge, notamment dans des contextes militaires et maritimes. Il faut néanmoins rester prudent devant les récits qui cherchent à lui attribuer une date de naissance unique et parfaitement établie.
Les drapeaux médiévaux ne fonctionnent pas comme les drapeaux nationaux contemporains. Ducs, villes, armées et navires peuvent utiliser simultanément différents signes, bannières et armoiries. La Kroaz Du appartient à cet univers.
Elle permet néanmoins d’identifier la Bretagne dans plusieurs représentations et documents anciens. Elle devient ainsi l’un de ses pavillons historiques les plus caractéristiques.

Ne pas confondre le drapeau breton Kroaz Du avec celui de nos si proches cousins Cornouaillais
Ne pas confondre le drapeau breton Kroaz Du (ici à droite) avec celui de nos si proches cousins Cornouaillais

NHU Bretagne a déjà consacré un dossier spécifique aux drapeaux de la Bretagne : Gwenn ha Du, Kroaz Du et bannière d’hermine. Il permet d’aller beaucoup plus loin sur l’histoire respective de ces trois drapeaux.

Pourquoi la Kroaz Du est-elle moins présente ?

Les transformations politiques qui suivent la fin de l’indépendance du duché modifient progressivement l’usage des emblèmes bretons. La Kroaz Du perd de sa visibilité et finit par être largement oubliée du grand public.
Sa réapparition contemporaine est donc davantage une redécouverte qu’une continuité ininterrompue. Aujourd’hui, elle flotte de nouveau lors de manifestations culturelles, historiques ou politiques, mais elle reste beaucoup moins connue que le Gwenn ha Du.
C’est un paradoxe intéressant : l’un des drapeaux bretons les plus anciens est désormais éclipsé par l’un des plus récents.

syndrome breton
Le Gwenn ha Du, LE symbole national de la Bretagne

Le Gwenn ha Du : comment un drapeau tout juste centenaire est devenu l’emblème de tous les Bretons

Aujourd’hui, la question « ‘ »Quel est LE drapeau de la Bretagne ? » semble presque incongrue, tant le Gwenn ha Du s’est imposé partout.

On le voit dans les rues bretonnes, dans les tribunes des stades, au Festival interceltique de Lorient / An Oriant, dans les manifestations, sur les voiliers ou au milieu du public des grands concerts. Des voyageurs l’emportent à l’autre bout du monde pour se photographier avec lui.
Cette diffusion dépasse très largement les frontières de la Bretagne. Les Bretons établis ailleurs dans le monde en ont fait l’un de leurs signes de reconnaissance les plus visibles. Pourtant, ce drapeau que beaucoup imaginent très ancien est né au XXe siècle.

Morvan Marchal et la création d’un nouveau drapeau

Au début des années 1920, Morvan Marchal, architecte et militant breton, imagine un emblème susceptible de représenter une Bretagne moderne. Le modèle rompt avec le traditionnel pavillon d’hermine plain.
Son inspiration graphique rappelle certains drapeaux modernes composés d’un canton et de bandes horizontales. Une partie supérieure près de la hampe porte les mouchetures d’hermine, tandis que neuf bandes noires et blanches occupent le reste du pavillon.

Le Gwenn ha Du (littéralement « blanc et noir » en langue française) est né.
Sa création se situe au début des années 1920, généralement entre 1923 et 1925 selon que l’on considère sa conception, ses premières apparitions ou sa diffusion.
NHU Bretagne a consacré un dossier complet à l’histoire et à la signification du Gwenn ha Du. Il permet d’approfondir une histoire que nous ne reprendrons pas ici dans tous ses détails.
Un point mérite cependant d’être retenu : un symbole peut être récent et devenir profondément traditionnel par son usage. Le Gwenn ha Du en fournit probablement l’un des meilleurs exemples européens.

Pourquoi neuf bandes ?

Le drapeau breton comporte neuf bandes horizontales alternant le noir et le blanc. Elles renvoient aux neuf anciens évêchés de Bretagne.
Les cinq bandes noires représentent les cinq évêchés de Bretagne orientale : Rennes / Roazhon, Nantes / Naoned, Dol, Saint Malo / Sant Maloù et Saint Brieuc / Sant Brieg.
Les quatre bandes blanches correspondent aux quatre évêchés de Bretagne occidentale : Leon, Cornouaille / Kerne, Tréguier / Treger et Vannes / Gwened.

Ces neuf ensembles sont aujourd’hui également fréquemment désignés sous le nom de « pays historiques ». Toutefois, parler d’anciens évêchés restitue leur réalité historique.
Dans le canton supérieur figurent les mouchetures d’hermine. Elles établissent un lien graphique entre le nouveau drapeau du XXe siècle et l’héraldique de la Bretagne ducale.

Le Gwenn ha Du associe donc dans un même dessin une création moderne et un symbole médiéval. C’est probablement l’une des clés de sa réussite.

Gwenn ha Du
Le Gwenn ha Du a été crée par Morvan Marchal en s’inspirant des drapeaux nationaux de deux Démocraties : la Grèce et les États Unie d’Amérique

Comment le Gwenn ha Du a t-il conquis la Bretagne ?

Son succès n’est pourtant pas immédiat.
À ses débuts, le nouveau drapeau reste associé aux milieux du mouvement breton qui l’ont vu naître. Son utilisation s’élargit progressivement au cours du XXe siècle.
Puis quelque chose change : le Gwenn ha Du sort du seul cadre militant. Il apparaît de plus en plus dans les fêtes, les événements culturels, les rassemblements populaires et les compétitions sportives. Des générations de Bretons qui ne connaissent parfois rien de son créateur se l’approprient.
Cette évolution est essentielle.
Un symbole conçu par quelques personnes devient un signe collectif parce que des milliers, puis des millions d’autres décident de l’utiliser. Toute Bretonne, tout Breton qui s’exile à l’étranger apporte avec elle, avec lui, un Gwenn ha Du.

Aujourd’hui, le Gwenn ha Du est probablement le symbole breton bénéficiant de la plus forte reconnaissance internationale.
Sa présence dans les tribunes sportives est particulièrement révélatrice : qu’un club breton joue à Paris, Dublin ou ailleurs en Europe, il suffit souvent de regarder les tribunes pour repérer immédiatement les supporters venus de Bretagne.
Le drapeau ne dit plus seulement : « voici la Bretagne ». Il dit aussi et surtout : « nous sommes Bretons et nous sommes ici ».

Bro Gozh ma Zadoù : quand un chant devient symbole national

Tous les symboles ne se regardent pas. Certains s’écoutent.
Les premières notes de Bro Gozh ma Zadoù suffisent aujourd’hui à provoquer le même phénomène de reconnaissance que l’apparition d’un Gwenn ha Du. Son histoire raconte également quelque chose de fondamental : les liens anciens entre la Bretagne et les autres nations celtiques.

Du pays de Galles à la Bretagne

À l’origine se trouve l’hymne gallois Hen Wlad Fy Nhadau, « Le vieux pays de mes pères ». Composé au XIXe siècle, il s’impose progressivement comme hymne national gallois.

La mélodie traverse ensuite la Mer Celtique.
François Jaffrennou, connu sous son nom bardique Taldir, adapte le chant en breton. Le texte devient Bro Gozh ma Zadoù, « Vieux pays de mes pères« .
La parenté musicale n’est donc pas une coïncidence. Elle constitue au contraire l’une des manifestations les plus remarquables des relations culturelles interceltiques qui se développent à cette époque.

Comment Bro Gozh Ma Zadoù est-il devenu l’hymne national breton ?

Au début du XXe siècle, le chant s’impose progressivement dans les milieux culturels bretons. Son adoption comme hymne national breton en 1903 constitue une étape majeure.
Là encore, il ne faut pas imaginer une décision administrative comparable à l’adoption officielle de l’hymne national d’un État contemporain. Sa force vient essentiellement de son appropriation.

Associations, mouvements culturels, chanteurs et rassemblements contribuent à le transmettre. Au fil des générations, Bro Gozh ma Zadoù devient le chant que l’on entonne lorsqu’il s’agit de représenter collectivement la Bretagne.
NHU Bretagne revient plus en détail sur l’histoire de Bro Gozh ma Zadoù, l’hymne national breton.

Un symbole breton toujours vivant

Plus d’un siècle après son apparition, Bro Gozh Ma Zadoù n’est pas devenu une curiosité historique. Il continue d’être chanté lors d’événements culturels et de cérémonies, mais également dans les stades.
Son interprétation avant certaines rencontres sportives lui donne une visibilité que peu d’hymnes nationaux sans État connaissent en Europe, à part sans doute le Pays de Galles / Cymru. Cette vitalité est importante : un hymne national que personne ne chante plus devient un élément de patrimoine, tandis qu’un hymne national repris par des milliers de personnes reste un symbole vivant.

Le Triskell, un des symboles de la Bretagne

Le triskell est-il vraiment un symbole breton ?

Il est partout : bijoux, tatouages, logos, vêtements, enseignes, pochettes de disques ou décorations. Dans l’imaginaire contemporain, le triskell semble presque aussi breton que l’hermine.
Pourtant, son histoire est beaucoup plus complexe.

Un motif beaucoup plus ancien que la Bretagne contemporaine

Le triskell est un motif composé de trois branches courbes organisées autour d’un centre. Des formes comparables apparaissent dans différentes cultures anciennes et le motif est notamment présent dans l’art celtique européen.
Il serait donc trompeur de présenter le triskell comme un signe inventé en Bretagne ou exclusivement utilisé par les Bretons depuis l’Antiquité. Les innombrables interprétations attribuant systématiquement à ses trois branches la terre, l’eau et le feu, le passé, le présent et l’avenir ou encore différentes divinités doivent également être abordées avec prudence.
Un symbole ancien peut recevoir au fil du temps de nouvelles significations. Celles-ci ne correspondent pas nécessairement à son sens originel.

Le Triskell est le logo de notre confrère ABP Agence Bretagne Presse
Le Triskell est le logo de notre confrère ABP Agence Bretagne Presse

La Bretagne réinvente le triskell au XXe siècle

Le véritable phénomène breton est ailleurs.
Au XXe siècle, artistes et acteurs du renouveau culturel breton redécouvrent les motifs celtiques et les réintroduisent dans la création contemporaine.
Le triskell bénéficie pleinement de ce mouvement, puis sa diffusion explose. L’essor de la musique bretonne et celtique, les festivals, l’artisanat, les bijoux et les nouvelles formes graphiques lui donnent une visibilité considérable.
Il finit ainsi par devenir un signe immédiatement associé à la Bretagne.
Voilà pourquoi deux affirmations apparemment contradictoires peuvent être vraies en même temps : le triskell n’est pas exclusivement breton, mais il est incontestablement devenu l’un des grands symboles de la Bretagne contemporaine.
Cette nuance permet d’éviter deux erreurs opposées : lui inventer une continuité bretonne immuable depuis plusieurs millénaires ou, à l’inverse, nier son appropriation profondément bretonne au cours du XXe siècle.

autocollant Bzh
autocollant Bzh

BZH : comment trois lettres sont devenues un emblème

Trois lettres peuvent-elles constituer un symbole ? En Bretagne, la réponse est oui.
BZH est l’abréviation de Breizh, le nom breton de la Bretagne. Aujourd’hui, elle paraît évidente. Pourtant, son immense popularité est relativement récente.

Des autocollants BZH aux voitures bretonnes

L’un des principaux vecteurs de diffusion de BZH a été particulièrement modeste : l’autocollant automobile. À partir de la seconde moitié du XXe siècle, les trois lettres commencent à apparaître sur les voitures.
Le principe est redoutablement efficace. BZH est court, compréhensible par ceux qui connaissent Breizh, facilement reproductible et visible à plusieurs mètres. Contrairement à un long slogan, trois caractères suffisent.

Peu à peu, le sigle dépasse largement le pare-chocs des automobiles. Il apparaît sur des vêtements, des affiches, des enseignes et toutes sortes d’objets.
Comme le Gwenn ha Du, BZH doit une grande partie de sa force à l’appropriation populaire. Personne n’a besoin d’expliquer longuement son utilisation : les Bretons s’en emparent.

Du BZH au .bzh

L’histoire prend une nouvelle dimension avec Internet.
À mesure que le réseau devient un espace majeur de communication, la question de la visibilité numérique de la Bretagne apparaît.

Pourquoi ne pas disposer d’une extension Internet propre à la Bretagne ?
Après plusieurs années de mobilisation et de démarches auprès de l’ICANN, l’organisme international chargé notamment de la gestion des noms de domaine, le .bzh devient une réalité en 2014.
Le passage est symboliquement remarquable. Ce qui était autrefois inscrit sur l’arrière d’une voiture se retrouve désormais à la fin d’une adresse Internet.
Le symbole s’est adapté au changement d’époque. Et le site que vous êtes en train de lire en fournit précisément un exemple : NHU.BZH.

Pourquoi le noir et le blanc sont-ils devenus les couleurs de la Bretagne ?

Il existe des identités visuelles tellement fortes qu’il n’est même plus nécessaire d’en montrer le symbole principal. Le noir et le blanc fonctionnent désormais ainsi pour la Bretagne.
Bien sûr, leur association renvoie immédiatement au Gwenn ha Du. Mais elle a progressivement dépassé le drapeau.
Affiches, maillots, objets, logos, communication institutionnelle ou commerciale : le duo blanc et noir est utilisé pour évoquer la Bretagne sans nécessairement afficher une hermine ou neuf bandes.
Le phénomène est intéressant parce qu’il montre l’étape ultime de diffusion d’un symbole. On part d’un drapeau, puis les couleurs de ce drapeau deviennent elles-mêmes signifiantes. Deux simples aplats noir et blanc peuvent désormais suffire à évoquer la Bretagne.

La croix celtique : un symbole partagé, mais parfois détourné

La croix celtique se reconnaît immédiatement à l’anneau qui entoure l’intersection de ses branches. Ses formes monumentales les plus célèbres sont liées au christianisme médiéval des îles celtiques, notamment en Irlande, en Écosse et dans l’île de Man. Elle appartient ainsi à un héritage historique et religieux qui dépasse largement la seule Bretagne.
Sa présence dans l’imaginaire breton contemporain s’explique notamment par le développement des relations interceltiques et par la redécouverte, aux XIXe et XXe siècles, d’un patrimoine artistique partagé entre les nations celtiques. La Bretagne s’est progressivement approprié cette forme, que l’on retrouve aujourd’hui dans l’art, les bijoux, certains monuments et de nombreuses représentations liées à l’identité celtique.

Croix Celtique vers Glendaloudh en Irlande – @NHUBretagne

Comme pour le triskell, une nuance est donc nécessaire : la croix celtique n’est pas exclusivement bretonne, mais elle appartient pleinement au vocabulaire symbolique de la Bretagne contemporaine et du monde celtique auquel celle-ci se rattache.

Son histoire récente comporte toutefois un autre versant.
Au XXe siècle, une forme particulière et très simplifiée de la croix celtique, généralement constituée d’une croix aux quatre branches courtes et de longueur comparable inscrite dans un cercle, a été récupérée par différents mouvements d’extrême droite, néofascistes et suprémacistes blancs. En France, ce graphisme a notamment été adopté dans les années 1950 par Jeune Nation, avant d’être repris par d’autres organisations nationalistes radicales.
Cette appropriation politique a durablement brouillé la perception du symbole, au point que la croix celtique est parfois spontanément associée aujourd’hui à l’extrême droite. Il serait pourtant historiquement incorrect de réduire à cet usage contemporain l’ensemble des croix celtiques, dont l’existence est évidemment bien antérieure à ces mouvements.

Il convient notamment de distinguer la grande croix chrétienne à hampe allongée entourée d’un anneau, héritière des hautes croix médiévales particulièrement nombreuses en Irlande, de certains graphismes modernes employés comme signes politiques. Le contexte dans lequel le symbole apparaît reste donc essentiel pour comprendre sa signification.
La croix celtique offre finalement un exemple particulièrement intéressant de la vie des symboles. Un même héritage graphique peut traverser les siècles, changer de pays et de contexte, être réinterprété, revendiqué et parfois détourné, sans que sa signification historique originelle disparaisse pour autant.

Les symboles bretons ne sont pas tous des emblèmes

À ce stade, une question apparaît.
Faut-il ajouter à notre liste la coiffe bigoudène, le menhir, le phare, le binioù, le fest-noz, un bateau de pêche ou même un bol de cidre ?
Tous évoquent la Bretagne. Mais tous ne jouent pas le même rôle que l’hermine ou le Gwenn ha Du. Certains sont fondamentaux, les autres plus pittoresques, typiques, voire commerciaux.

Langues, musique et danse : les symboles vivants

Le breton et le gallo occupent évidemment une place particulière. Une langue n’est pas un logo : elle constitue une manière de parler, de penser, de transmettre des histoires et de nommer le monde.
Pourtant, quelques mots de breton sur une enseigne ou un panneau suffisent immédiatement à situer une scène en Bretagne. Il en va de même pour la musique.
Le son d’un couple bombarde-binioù, celui d’un bagad ou certaines formes de chant sont devenus des marqueurs culturels extrêmement puissants. Le fest-noz appartient à cette même catégorie : il ne représente pas la Bretagne à la manière d’un drapeau, il fait vivre une pratique culturelle bretonne.
C’est pourquoi langues, musique et danse peuvent être considérées comme des symboles vivants plutôt que comme de simples emblèmes graphiques.

Coiffes, menhirs et phares : les images populaires de la Bretagne

D’autres représentations sont devenues des raccourcis visuels. La coiffe bigoudène en est probablement l’exemple le plus célèbre.
Elle appartient à une tradition vestimentaire géographiquement précise, mais son extraordinaire silhouette a fini par représenter la Bretagne entière dans l’imaginaire populaire. Le même phénomène s’observe avec le menhir.
Les mégalithes bretons sont plusieurs millénaires antérieurs aux peuples celtiques historiques. Un menhir n’est donc pas davantage un « symbole celtique » par nature qu’il n’est un emblème historique de la Bretagne.

Mais Karnag et les grands ensembles mégalithiques ont tellement marqué l’image de la Bretagne que leur silhouette est devenue immédiatement bretonne dans l’imaginaire collectif. Les phares, les ports, certains bateaux, l’ajonc ou encore la silhouette des côtes jouent parfois un rôle comparable.

Ils représentent la Bretagne.
Cependant, il est utile de conserver une distinction : tout ce qui évoque la Bretagne n’est pas nécessairement un symbole historique de la Bretagne.
Cette différence permet justement de comprendre pourquoi l’hermine, la Kroaz Du, le Gwenn-ha-Du ou le Bro Gozh occupent une place particulière.

Pourquoi les symboles bretons restent-ils aussi puissants aujourd’hui ?

Pris séparément, ces symboles racontent des histoires très différentes.
L’hermine nous conduit dans les cours ducales du Moyen Âge, tandis que la Kroaz Du rappelle une Bretagne maritime et militaire. Le Bro Gozh Ma Zadoù raconte les relations avec le pays de Galles / Cymru et le renouveau culturel du tournant du XXe siècle.
Le Gwenn ha Du témoigne de la capacité d’une génération à créer un emblème nouveau qui finit par être adopté par presque tous. Le triskell montre comment un motif très ancien peut être réinterprété. Le pegsun / autocollant BZH raconte l’affirmation populaire contemporaine, tandis que le .bzh transporte cette histoire dans l’univers numérique.

Mais observés ensemble, tous racontent finalement une seule Histoire, l’Histoire de Bretagne.
Au Moyen Âge, un emblème sert d’abord à identifier un prince, une armée, un navire ou un duché. Plus tard, il devient un moyen de reconnaître une culture et un peuple.

Puis vient l’époque où ces signes sont librement utilisés par des millions de personnes.
C’est probablement là que réside la force particulière des symboles bretons : ils ne sont pas enfermés dans une vitrine.
On continue à les utiliser, parfois à les détourner, à les moderniser et même à en créer de nouveaux. Un jeune Breton portant aujourd’hui un triskell autour du cou n’en connaît pas nécessairement toute l’histoire. Un supporter brandissant un Gwenn ha Du sait qu’il agite le drapeau de son pays, mais ne sait peut-être pas qui était Morvan Marchal.
De même, un internaute choisissant un nom de domaine en .bzh ne pense probablement pas à l’héraldique de Jean III. Cela n’empêche nullement ces signes de fonctionner, car un symbole n’existe véritablement que lorsqu’une communauté le reconnaît.

De l’hermine médiévale au .bzh numérique, près de huit siècles séparent certains des signes par lesquels la Bretagne se représente. Les formes ont changé et les usages aussi.
Mais le besoin demeure : se reconnaître entre Bretons et rendre la Bretagne visible aux yeux du monde.

Et toujours pas d’émoji Gwenn ha Du…

Le Gwenn ha Du est partout, sauf à un endroit devenu essentiel dans nos échanges quotidiens : le clavier de nos téléphones.
Depuis plusieurs années, une mobilisation portée notamment par l’association .bzh réclame la création d’un véritable émoji drapeau breton, utilisable comme ceux du Pays de Galles, d’Écosse ou de Tahiti. Une première proposition avait déjà été soumise à Unicode en 2017 et, en 2020, une spectaculaire campagne #EmojiBZH avait permis au drapeau breton d’apparaître temporairement sur Twitter : plus de 400 000 mentions avaient alors été enregistrées depuis 199 pays.
Malgré cette mobilisation, le Gwenn-ha-Du n’a toujours pas intégré le standard Unicode.

La situation est même devenue plus compliquée : les règles actuelles d’Unicode indiquent que le consortium n’accepte désormais plus de nouvelles propositions de drapeaux.
Cela n’empêche pas la mobilisation bretonne de se poursuivre, avec cette question difficile à éluder : à l’heure où le Gwenn ha Du est reconnu aux quatre coins du monde, pourquoi les Bretons peuvent-ils afficher sur leurs téléphones les drapeaux gallois ou écossais, mais toujours pas le nôtre ?

En Bretagne, la revanche des symboles

Quel est le principal symbole de la Bretagne ?

Aujourd’hui, le Gwenn ha Du est probablement le symbole breton le plus immédiatement reconnaissable. Cependant, l’hermine est beaucoup plus ancienne et constitue l’un des principaux emblèmes historiques de la Bretagne.

Que signifient les hermines du drapeau breton ?

Les motifs noirs visibles sur le Gwenn ha Du sont des mouchetures d’hermine, issues de l’héraldique médiévale. Elles établissent un lien avec les anciennes armoiries ducales de Bretagne.

Pourquoi y a-t-il neuf bandes sur le Gwenn ha Du ?

Les neuf bandes renvoient aux neuf anciens évêchés de Bretagne : cinq en Bretagne orientale, représentés en noir, et quatre en Bretagne occidentale, représentés en blanc.

Le triskell est-il vraiment breton ?

Le triskell est un motif ancien qui n’est pas exclusivement breton. Cependant, sa réappropriation et son immense diffusion en Bretagne au XXe siècle en ont fait l’un des symboles les plus reconnaissables de la Bretagne contemporaine.

Quelle est la devise de la Bretagne ?

La formule traditionnellement associée à la Bretagne est Potius mori quam foedari, généralement traduite par « Plutôt la mort que la souillure ». La formule bretonne couramment utilisée est Kentoc’h mervel eget bezañ saotret. Elle est étroitement liée à la symbolique de l’hermine.

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2 commentaires

Emilie Le Berre 22 août 2026 - 18h10

Cela dépend du domaine, chaque symbole à sa place
Pour moi la Kroaz Du en politique, le Triskell et la Croix celtique pour le spirituel, sans négliger le Gwenn ha Du et l’Hermine.
Le BZH pour le numérique et l’immatriculation des véhicule (mais pas que).
L’ajonc est aussi un beau symbole avec sa douce odeur de coco et en même temps les aiguilles qui rapellent qui ne faut pas trop l’emmerder.
Il y en a bien d’autres, ce qui témoigne de la grande richesse de notre pays.

Répondre
Anne Merrien 22 août 2026 - 18h40

Ce qui symbolise le mieux la Bretagne, surtout vue d’ailleurs, c’est la carte de Bretagne, à condition qu’elle soit complète évidemment.

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